On a essayé de ne pas perdre trop de temps sur la route du nord pour rejoindre Odienné, l'idée étant de voir le match de football de ligue des champions Paris/Chelsea qui commençait a 21h en France mais a cause du changement d'heure d'hiver a été, on avait 2h de différence soit19h ici. On a tout de même fait un stop en chemin a Touba, la ville natale d'Ali. On est allé dans la maison de la vieille (c'est comme ça qu'il appelle sa mère!) et quand je leurs ai dit que je voulais faire une petite video, les femmes sont rentrées... pour se changer et revêtir de belles parures: la classe! Ali a 40ans, est issu d'une famille de 11 enfants et il a des frangins un peu partout dans le pays. On s'est également arrêté dire bonjour a sa maitresse du moment qui tenait une petite boutique de tissu. Il faut savoir qu'Ali est marié et a déjà 3 enfants de 2 femmes différentes. Il a gardé sa 1ere fille avec lui alors que la mère est partie en Europe et vit aujourd'hui a abidjan avec sa femme actuelle, sa 1ere fille et 2 autres filles qu'il a eues avec elle. Il est musulman et ne boit pas d'alcool. Je lui ai dit que durant toute la durée du séjour, j'en ferai autant. Ca me donnera l'occasion de me purger un peu. Ali n'est pas polygame et ne souhaite pas avoir plus d'une femme. En revanche, il n'hésite pas a aller voir ailleurs des que l'occasion se présente, un vrai petit chenapan. D'ailleurs, il m'a confie qu'il couchait aussi avec l'amie de sa maitresse qui bossait dans la même boutique: bravo!
Arrivé a Odienné a 19h15, on a cherché un écran où voir le match. Le plus beau qu'on ait trouvé était chez un coiffeur...Ali en a profité pour se faire une petite boule a zéro. Apres la 1ere mi-temps, soldée par un score de 1-1 alors qu'on n'avait raté les 2 buts, on s'est mis en quête d'un resto . On a trouvé un super endroit: une cour ouverte où ils retransmettaient le match avec rétro projecteur sur grand écran. Je ne pouvais rêver mieux, d'autant plus que le score fut sans appel: 3-1 pour Paris!
On a ensuite cherché un hotel où dormir. Là, ça a été plus compliqué: il y avait toujours un truc qui clochait! Pas d'eau, pas de robinet, pas de salle de bain, pas propre...on s'est finalement rabattu sur le tout premier que l'on a visité: Ali a pris la chambre avec TV a 6000frf (9€) et moi celle a 3000frf (4,5€), la 3eme catégorie!
Départ tôt le matin vers 6:30 pour la plus dure journée du tour: la route étant une piste infâme, a peine digne d'un 4x4. Odienné est le village du président actuel Ouatara et pour montrer l'exemple, il a mis la refection des routes ici en dernier! Mais el fait, il n'y a jamais eu de route bitumée sur l'axe Odienné/Khorogo et je crois qu'en saison des pluies, la piste est tout simplement impraticable. Encore heureux qu'Ali avait installé une plaque de blindage sous sa voiture pour protéger les pièces fragiles.
On est arrivé au village de Tiemé où j'avais quelqu'un de particulier a rencontrer. Tiemé est le village natal du pere d'Abou. Ce dernier en est parti a l'âge de 5 ans et n'y est jamais revenu depuis. La seule personne qui restait de leur famille était son oncle Laciné Silla, maçon. Je pensais trouver facilement Laciné en demandant au village mais en fait, tous les gens ici a Tiemé s'appelle Silla! Il n'y a que 2 noms de famille dans le village. On a eu de la chance de tomber sur un mec des notre première demande qui le connaissait et qui nous a directement conduit a lui. On a ete reçu très chaleureusement par Laciné qui arborait un sourire des grands jours. On a tapé la discute un moment et j'en ai profité pour faire un petit film afin de pouvoir le montrer a Abou et ses parents.
On a repris notre route et on s'est arrêté dans un petit village typique avec cases en terre. Je voulais demander a ce qu'on me sorte un "masque" pour me faire une petite demo d'une cérémonie locale. Ici, ils ont comme tradition, a certaines occasions, de sortir le masque qui fait une danse pour donner de bons présages aux chasseurs ou aux gens qui le demandent. Malheureusement, le chef du village n'était pas là et impossible de sortir le masque sans son autorisation préalable.
On s'est arrêté a un suivant où après de longues palabres avec les vieux du village, ils ont demandé a un jeune de se mettre en tenue: un peu ridicule et toujours pas de masque. Ils disaient qu'ils avaient besoin d'un jour de préparation pour le sortir. On lâcha l'affaire et repris la route direction Khorogo qu'on atteignit en fin d'après midi vers 17h.
On alla manger dans un maquis local et Ali prenait un malin plaisir a charier les autres clients locaux...a priori, il y avait une alliance entre son ethnie et la leur et ils pouvaient donc plaisanter entre eux sans risque.
Le grand frère d'Ali, nous a accueilli chez lui a Khorogo. Sa femme venait tout juste d'accoucher d'un garçon il y a 2 mois. Lui travaillait dans l'aménagement du territoire dans la région, spécialement autour de l'agriculture. Il était très cultivé et bien informé de tous les projets qu'avait le gouvernement. On a pu avoir des discussions intéressantes sur l'économie locale. Il nous a emmené faire un tour en ville et on est tombé sur un enterrement senofo. Les gens chantaient et dansaient au son d'un petit groupe de musiciens. C'était étonnamment très joyeux.
Sa femme nous a préparé un bon diner puis, après une nième discussion, on est allé se coucher, Ali et moi-même partagions le même lit.
Le lendemain matin, réveil aux aurores a 5:30. Le frère d'Ali venait de finir sa prière et m'a emmené sur sa moto jusqu'au pied du Mont Khorogo que l'on a gravi ensemble. Au sommet, on avait une belle vue de l'ensemble de la région et des petits villages aux alentours avec une jolie lumière de lever du jour.
Retour a la kasba pour un bon petit dej bien copieux avant de reprendre la route. Je voulais visiter la nouvelle mine d'or qui venait juste d'ouvrir a environ 50km au nord de Khorogo mais une multinationale immatriculée aux Caymans et ayant pour principaux investisseurs des sud africains avaient pris la concession et clôturé le site. Le frère d'Ali, qui était connecté un peu partout a appelé un de ses amis qui bossait a la mine en tant qu'ingénieur mais ce dernier nous a dit qu'il fallait déposer une demande au bureau avec un délai de réponse de 3 semaines a un mois: no way!
On s'est rabattu sur la mine d'argent située a Tortyla a 150km au sud de Khorogo. La-bas, on a rencontré un français, Marius, sans âge, qui s'était installé ici dans les années 60 alors que le diamant coulait a flot dans la région. Depuis, le site s'était un peu asséché et seuls quelques indépendants y travaillaient encore, dans l'espoir de tomber sur THE diamant, celui que l'on ne trouve qu'une fois tous les 20 ans. Il nous a filé un de ses guides pour nous faire la visite et on a traversé de nombreux vergers avant d'atteindre enfin le site sous un soleil de plomb. Ils étaient bien une bonne centaine a travailler la terre en chaine: chacun avait sa tache bien précise et le travail était dur, extrêmement dur bien que le site était a ciel ouvert. Le boulot consistait a retirer la terre du sol, en faire des tas, puis la passer au tamis pour en retirer le diamant. Ils arrivaient toujours a trouver la poudre ou de petites pierres sans grande valeur et devaient partager la moitié de ce qu'ils trouvaient au"percepteur", le gérant du site qui leurs donnaient a bouffer tous les jours et leurs prélevait sur leur prochaine trouvaille.
On retourna au campement de Marius et alors qu'on allait partir, ce dernier nous invita a partager sa table pour le déjeuner. On eut des discussions intéressantes sur la crise de 2000. Lui demandait a être indemnisé en tant que victime de guerre, les rebelles étant venus squatter son hotel et ont quelque peu endommagé l'endroit. Il se battait avec la CEI (compagnie d'electricité ivoirienne, l'équivalent d'EDF), qui lui réclamait des arriérés énormes couvrant la période de crise que lui refusait de payer. Il avait construit un petit paradis ici en bord de lagune et faisait vivre 13 familles entière sous son toit. Il avait pas mal de plantations dans la région et se plaisait a répéter qu'il ne pouvait mourir maintenant car il avait encore 138ans de projets a réaliser avant de casser sa pipe: un sacré personnage! Il avait baroudé un peu partout en Afrique et était a l'époque chercheur de pétrole pour des multi-nationales. C'était un des premiers a avoir trouvé ce site et il estimait qu'il y avait encore du potentiel ici pour trouver du diamants mais que cela nécessitait 500millions de frf d'investissements et un minimum de stabilité politique sur 10ans pour s'engager dans un tel investissement. Bref, pas gagné...
La voiture d'Ali commençait a fatiguer sérieusement: son pare-choc s'etait un peu fendu, sa plaque de blindage avait perdu une soudure et ne tenait plus très bien et ses plaquettes de freins avant étaient inexistantes. L'idée au départ était de filer sur le parc national de Comoé puis d'aller a la frontière avec le Ghana au niveau de Bouna où Ali m'aurait laissé pour que je passe la frontière et débute mon trip ghanéen. Mais non seulement on m'annonçait la route ultra pourrie, et en plus le parc n'étant plus gardé depuis près de 10ans, les braconniers, qui sévissaient déjà alors qu'il y avait des contrôles, s'en donnaient a coeur joue et avaient vidé le parc de ses animaux. Dans ces conditions, je changea d'avis et on prit la direction de Bouaké/Yamoussoukro pour retourner sur la capitale Abidjan. Les 100 premiers kms sur la route de Bouaké, bien que bitumés, étaient si pourris qu'il y avait des voitures et camions arrêtés tous les 200m a peine: hallucinant, un vrai cimetière a pneus Michelin! On vit bien 3 gros accidents graves sur notre route. On s'arrêta en chemin pour changer les plaquettes de freins et faire réparer une lumière et on arriva a Abidjan de nuit vers23h.
Le lendemain, repos bien mérité au bord de la plaisante piscine de l'hotel Ivoire, non sans avoir profité du large buffet du petit dej! Le soir, je rejoignis Abou a l'anniversaire d'une de ses amies patiente dans une grande maison dans le quartier de Riviera 3. Plein de petits fours et du champagne a flot. Il n'y avait quasi que des expats et l'ambiance était plutot bon enfant. J'ai tapé la discute avec l'un des convives qui faisait un boulot assez extraordinaire ici: il était dans une société qui faisait passer les contrôles techniques des voitures. J'ai cru a une plaisanterie au début mais c'était tout a fait sérieux. Le gouvernement avait instauré un controle technique obligatoire annuel pour tous les véhicules et avait donné le monopole a une entreprise privée. Il m'a raconté 2 anecdotes fort drôles: la 1ere, toutes les voitures qui venaient pour le controle technique avait toujours des pneus nickels ce qui est très bizarre quand vous voyez le parc automobile ivoirien. Il m'a expliqué qu'une société s'était mis juste a l'entrée du centre des contrôles techniques et échangeait les pneus usagés des voitures qui venaient passe le controle juste avant pour leurs rendre leurs pneus pourris juste après: la bonne blague! Et pour couronner le tout, les policiers, qui devraient être ceux qui pourraient empêcher ce genre de traffic, n'avaient trouvé mieux que de s'installer également a l'entrée du centre pour verbaliser une 1ere fois les voitures qui avaient dépassé la date limite du controle technique...et une 2eme fois ces mêmes voitures qui n'avaient pas passé le controle avec succès: un vrai racket! Ca ne pousse pas a aller faire son controle tout ça...
On est allé faire un tour au quartier de Youpougon, là où les parents d'Abou ont monté leur école, mais de nuit pour voir la rue Princesse, un des endroits mythiques d'Abidjan. Malheureusement, il n'y avait plus trop d'ambiance ici: le gouvernement ayant décidé de raser quasi toutes les boites et bars de la rue tellement c'était devenu n'importe quoi!
Le lendemain, on est parti avec Abou se faire le brunch du dimanche dans un coin assez reculé dans les terres. J'ai remarqué qu'Abou est prêt a parcourir des kms pour bien manger mais malheureusement, après une heure d'attente, ils lui ont servi son plat sans son "riiiz" et on a préféré se partager mon assiette. Il y avait des chanteurs de zouglou qui nous ont un peu ambiancé l'apres midi puis on a rejoint Ayman, sa femme et son fils au port de plaisance pour prendre l'apero avant qu'il ne nous invite chez lui pour diner. Ayman nous expliqua qu'il était pro Bagbho et que c'était plus sa femme qui était responsable des massacres que lui. Il était persuadé qu'il serait bientôt libéré de La Haye et se plaignait du pouvoir actuel, pour lui neo-colonialiste, qui donnait des contrats a Bolloré. Il nous expliqua que la Cote d'Ivoire exportait le bon pétrole qu'elle avait sur ses terres et qu'elle en importait du pourri d'autres pays sans pour autant que le prix a la pompe ne soit diminué (le prix du litre était quasi identique a celui chez nous en Europe!). Il en était de même de l'electricité qui était hors de prix alors que Bolloré essayait, en douce, de mettre la main sur la CEI, la compagnie nationale d'electricité.
On se quitta en se promettant de se revoir sur Bayrouth.
Le lendemain, je partis tôt pour rejoindre la 4eme étape de ce voyage: le Ghana appelé également la "Gold Coast".
Arrivé a Odienné a 19h15, on a cherché un écran où voir le match. Le plus beau qu'on ait trouvé était chez un coiffeur...Ali en a profité pour se faire une petite boule a zéro. Apres la 1ere mi-temps, soldée par un score de 1-1 alors qu'on n'avait raté les 2 buts, on s'est mis en quête d'un resto . On a trouvé un super endroit: une cour ouverte où ils retransmettaient le match avec rétro projecteur sur grand écran. Je ne pouvais rêver mieux, d'autant plus que le score fut sans appel: 3-1 pour Paris!
On a ensuite cherché un hotel où dormir. Là, ça a été plus compliqué: il y avait toujours un truc qui clochait! Pas d'eau, pas de robinet, pas de salle de bain, pas propre...on s'est finalement rabattu sur le tout premier que l'on a visité: Ali a pris la chambre avec TV a 6000frf (9€) et moi celle a 3000frf (4,5€), la 3eme catégorie!
Départ tôt le matin vers 6:30 pour la plus dure journée du tour: la route étant une piste infâme, a peine digne d'un 4x4. Odienné est le village du président actuel Ouatara et pour montrer l'exemple, il a mis la refection des routes ici en dernier! Mais el fait, il n'y a jamais eu de route bitumée sur l'axe Odienné/Khorogo et je crois qu'en saison des pluies, la piste est tout simplement impraticable. Encore heureux qu'Ali avait installé une plaque de blindage sous sa voiture pour protéger les pièces fragiles.
On est arrivé au village de Tiemé où j'avais quelqu'un de particulier a rencontrer. Tiemé est le village natal du pere d'Abou. Ce dernier en est parti a l'âge de 5 ans et n'y est jamais revenu depuis. La seule personne qui restait de leur famille était son oncle Laciné Silla, maçon. Je pensais trouver facilement Laciné en demandant au village mais en fait, tous les gens ici a Tiemé s'appelle Silla! Il n'y a que 2 noms de famille dans le village. On a eu de la chance de tomber sur un mec des notre première demande qui le connaissait et qui nous a directement conduit a lui. On a ete reçu très chaleureusement par Laciné qui arborait un sourire des grands jours. On a tapé la discute un moment et j'en ai profité pour faire un petit film afin de pouvoir le montrer a Abou et ses parents.
On a repris notre route et on s'est arrêté dans un petit village typique avec cases en terre. Je voulais demander a ce qu'on me sorte un "masque" pour me faire une petite demo d'une cérémonie locale. Ici, ils ont comme tradition, a certaines occasions, de sortir le masque qui fait une danse pour donner de bons présages aux chasseurs ou aux gens qui le demandent. Malheureusement, le chef du village n'était pas là et impossible de sortir le masque sans son autorisation préalable.
On s'est arrêté a un suivant où après de longues palabres avec les vieux du village, ils ont demandé a un jeune de se mettre en tenue: un peu ridicule et toujours pas de masque. Ils disaient qu'ils avaient besoin d'un jour de préparation pour le sortir. On lâcha l'affaire et repris la route direction Khorogo qu'on atteignit en fin d'après midi vers 17h.
On alla manger dans un maquis local et Ali prenait un malin plaisir a charier les autres clients locaux...a priori, il y avait une alliance entre son ethnie et la leur et ils pouvaient donc plaisanter entre eux sans risque.
Le grand frère d'Ali, nous a accueilli chez lui a Khorogo. Sa femme venait tout juste d'accoucher d'un garçon il y a 2 mois. Lui travaillait dans l'aménagement du territoire dans la région, spécialement autour de l'agriculture. Il était très cultivé et bien informé de tous les projets qu'avait le gouvernement. On a pu avoir des discussions intéressantes sur l'économie locale. Il nous a emmené faire un tour en ville et on est tombé sur un enterrement senofo. Les gens chantaient et dansaient au son d'un petit groupe de musiciens. C'était étonnamment très joyeux.
Sa femme nous a préparé un bon diner puis, après une nième discussion, on est allé se coucher, Ali et moi-même partagions le même lit.
Le lendemain matin, réveil aux aurores a 5:30. Le frère d'Ali venait de finir sa prière et m'a emmené sur sa moto jusqu'au pied du Mont Khorogo que l'on a gravi ensemble. Au sommet, on avait une belle vue de l'ensemble de la région et des petits villages aux alentours avec une jolie lumière de lever du jour.
Retour a la kasba pour un bon petit dej bien copieux avant de reprendre la route. Je voulais visiter la nouvelle mine d'or qui venait juste d'ouvrir a environ 50km au nord de Khorogo mais une multinationale immatriculée aux Caymans et ayant pour principaux investisseurs des sud africains avaient pris la concession et clôturé le site. Le frère d'Ali, qui était connecté un peu partout a appelé un de ses amis qui bossait a la mine en tant qu'ingénieur mais ce dernier nous a dit qu'il fallait déposer une demande au bureau avec un délai de réponse de 3 semaines a un mois: no way!
On s'est rabattu sur la mine d'argent située a Tortyla a 150km au sud de Khorogo. La-bas, on a rencontré un français, Marius, sans âge, qui s'était installé ici dans les années 60 alors que le diamant coulait a flot dans la région. Depuis, le site s'était un peu asséché et seuls quelques indépendants y travaillaient encore, dans l'espoir de tomber sur THE diamant, celui que l'on ne trouve qu'une fois tous les 20 ans. Il nous a filé un de ses guides pour nous faire la visite et on a traversé de nombreux vergers avant d'atteindre enfin le site sous un soleil de plomb. Ils étaient bien une bonne centaine a travailler la terre en chaine: chacun avait sa tache bien précise et le travail était dur, extrêmement dur bien que le site était a ciel ouvert. Le boulot consistait a retirer la terre du sol, en faire des tas, puis la passer au tamis pour en retirer le diamant. Ils arrivaient toujours a trouver la poudre ou de petites pierres sans grande valeur et devaient partager la moitié de ce qu'ils trouvaient au"percepteur", le gérant du site qui leurs donnaient a bouffer tous les jours et leurs prélevait sur leur prochaine trouvaille.
On retourna au campement de Marius et alors qu'on allait partir, ce dernier nous invita a partager sa table pour le déjeuner. On eut des discussions intéressantes sur la crise de 2000. Lui demandait a être indemnisé en tant que victime de guerre, les rebelles étant venus squatter son hotel et ont quelque peu endommagé l'endroit. Il se battait avec la CEI (compagnie d'electricité ivoirienne, l'équivalent d'EDF), qui lui réclamait des arriérés énormes couvrant la période de crise que lui refusait de payer. Il avait construit un petit paradis ici en bord de lagune et faisait vivre 13 familles entière sous son toit. Il avait pas mal de plantations dans la région et se plaisait a répéter qu'il ne pouvait mourir maintenant car il avait encore 138ans de projets a réaliser avant de casser sa pipe: un sacré personnage! Il avait baroudé un peu partout en Afrique et était a l'époque chercheur de pétrole pour des multi-nationales. C'était un des premiers a avoir trouvé ce site et il estimait qu'il y avait encore du potentiel ici pour trouver du diamants mais que cela nécessitait 500millions de frf d'investissements et un minimum de stabilité politique sur 10ans pour s'engager dans un tel investissement. Bref, pas gagné...
La voiture d'Ali commençait a fatiguer sérieusement: son pare-choc s'etait un peu fendu, sa plaque de blindage avait perdu une soudure et ne tenait plus très bien et ses plaquettes de freins avant étaient inexistantes. L'idée au départ était de filer sur le parc national de Comoé puis d'aller a la frontière avec le Ghana au niveau de Bouna où Ali m'aurait laissé pour que je passe la frontière et débute mon trip ghanéen. Mais non seulement on m'annonçait la route ultra pourrie, et en plus le parc n'étant plus gardé depuis près de 10ans, les braconniers, qui sévissaient déjà alors qu'il y avait des contrôles, s'en donnaient a coeur joue et avaient vidé le parc de ses animaux. Dans ces conditions, je changea d'avis et on prit la direction de Bouaké/Yamoussoukro pour retourner sur la capitale Abidjan. Les 100 premiers kms sur la route de Bouaké, bien que bitumés, étaient si pourris qu'il y avait des voitures et camions arrêtés tous les 200m a peine: hallucinant, un vrai cimetière a pneus Michelin! On vit bien 3 gros accidents graves sur notre route. On s'arrêta en chemin pour changer les plaquettes de freins et faire réparer une lumière et on arriva a Abidjan de nuit vers23h.
Le lendemain, repos bien mérité au bord de la plaisante piscine de l'hotel Ivoire, non sans avoir profité du large buffet du petit dej! Le soir, je rejoignis Abou a l'anniversaire d'une de ses amies patiente dans une grande maison dans le quartier de Riviera 3. Plein de petits fours et du champagne a flot. Il n'y avait quasi que des expats et l'ambiance était plutot bon enfant. J'ai tapé la discute avec l'un des convives qui faisait un boulot assez extraordinaire ici: il était dans une société qui faisait passer les contrôles techniques des voitures. J'ai cru a une plaisanterie au début mais c'était tout a fait sérieux. Le gouvernement avait instauré un controle technique obligatoire annuel pour tous les véhicules et avait donné le monopole a une entreprise privée. Il m'a raconté 2 anecdotes fort drôles: la 1ere, toutes les voitures qui venaient pour le controle technique avait toujours des pneus nickels ce qui est très bizarre quand vous voyez le parc automobile ivoirien. Il m'a expliqué qu'une société s'était mis juste a l'entrée du centre des contrôles techniques et échangeait les pneus usagés des voitures qui venaient passe le controle juste avant pour leurs rendre leurs pneus pourris juste après: la bonne blague! Et pour couronner le tout, les policiers, qui devraient être ceux qui pourraient empêcher ce genre de traffic, n'avaient trouvé mieux que de s'installer également a l'entrée du centre pour verbaliser une 1ere fois les voitures qui avaient dépassé la date limite du controle technique...et une 2eme fois ces mêmes voitures qui n'avaient pas passé le controle avec succès: un vrai racket! Ca ne pousse pas a aller faire son controle tout ça...
On est allé faire un tour au quartier de Youpougon, là où les parents d'Abou ont monté leur école, mais de nuit pour voir la rue Princesse, un des endroits mythiques d'Abidjan. Malheureusement, il n'y avait plus trop d'ambiance ici: le gouvernement ayant décidé de raser quasi toutes les boites et bars de la rue tellement c'était devenu n'importe quoi!
Le lendemain, on est parti avec Abou se faire le brunch du dimanche dans un coin assez reculé dans les terres. J'ai remarqué qu'Abou est prêt a parcourir des kms pour bien manger mais malheureusement, après une heure d'attente, ils lui ont servi son plat sans son "riiiz" et on a préféré se partager mon assiette. Il y avait des chanteurs de zouglou qui nous ont un peu ambiancé l'apres midi puis on a rejoint Ayman, sa femme et son fils au port de plaisance pour prendre l'apero avant qu'il ne nous invite chez lui pour diner. Ayman nous expliqua qu'il était pro Bagbho et que c'était plus sa femme qui était responsable des massacres que lui. Il était persuadé qu'il serait bientôt libéré de La Haye et se plaignait du pouvoir actuel, pour lui neo-colonialiste, qui donnait des contrats a Bolloré. Il nous expliqua que la Cote d'Ivoire exportait le bon pétrole qu'elle avait sur ses terres et qu'elle en importait du pourri d'autres pays sans pour autant que le prix a la pompe ne soit diminué (le prix du litre était quasi identique a celui chez nous en Europe!). Il en était de même de l'electricité qui était hors de prix alors que Bolloré essayait, en douce, de mettre la main sur la CEI, la compagnie nationale d'electricité.
On se quitta en se promettant de se revoir sur Bayrouth.
Le lendemain, je partis tôt pour rejoindre la 4eme étape de ce voyage: le Ghana appelé également la "Gold Coast".