Dans l'avion de Bougainville a Kopopo, il n'y avait qu'un seul blanc, la cinquantaine passée, un air un peu austère, il etait clairement là pour affaire. Alors que je me renseignais a la sortie de l'aéroport sur comment je pouvais rejoindre la ville de Rabaul en transport en commun, ce dernier, Nick, est venu me voir et m'a proposé de m'y emmener alors que son 4x4 était déjà là dans le parking avec son chauffeur qui l'attendait. J'ai sauté sur l'occasion et on a fait plus d'une heure de route ensemble pour rejoindre la ville "fantôme" de Rabaul. Ville fantôme car elle fut dévastée en 1994 par l'éruption d'un double volcan qui a poussé comme une bulle dans une crêpe un jour. Les cendres ont recouvert la ville qui était la capitale de la province de West New Britain. Les gens se sont déplacés de l'autre côté de la baie pour former une ville nouvelle appelée Kopopo. Mais revenons a mon bon samaritain Nick qui m'a déposé dans une de ses usines qui construit des toitures en taule de fer ondulée. Il était simple salarié de cette société qui vivotait et le patron pensait a la fermer. Il a alors fait une offre, a repris la boite et l'a relancé a merveille. Aujourd'hui il a plus de 150 employés et des usines un peu partout dans cette partie de PNG. Malgré toute cette réussite, Nick était resté très simple d'accès et j'ai beaucoup apprécié le personnage. Il s'était remarié avec une locale et vivait de famille et de patron d'entreprise qui m'avait l'air tout a fait épanouie. Apres la visite de l'usine et de ses bureaux, il m'a mis en contact avec son bras droit, une australienne un peu dure qui avait monté une auberge a quelques encablures de Rabaul et qui tenait un centre de plongée. Le départ parfait quand vous arrivez dans un nouvel endroit inconnu.
La miss a fait venir une de ses employées de la guesthouse qui a fait le trajet avec moi jusqu'au site. On a tout de même mis une heure et demi a l'atteindre en transport en commun sur une route completement défoncée. Il y avait bien eu une subvention de plus d'un million de kinas (soit 300.000€) pour refaire la route et qui n'avait servi qu'a rénover un seul petit km, le reste de l'argent s'étant, comme souvent ici, volatilisé au passage. J'avais justement hésité a aller dans cette guesthouse dont le prix était assez abordable pour le pays, 250 kinas en pension complète, bien qu'un peu cher comparé a mes standards du moment.
L'endroit était charmant et donnait sur une paisible baie où le snorkelling était magnifique. Les coraux était quasi a la surface et pas besoin d'être apneiste pour voir du poisson de près ici.
En revanche, les meilleurs sites de plongées etaient tous pres de Kopopo/Rabaul et dont j'ai préféré ne pas rester plus d'une nuit. Le soir au diner, j'ai fait la rencontre de chercheurs suisse qui étaient venus bosser avec les locaux dans un laboratoire ouvert où ils testaient des combinaisons de plantes sur des hectares de terre afin de voir lesquelles se mariaient le mieux entre elles pour pouvoir ensuite l'étendre a l'ensemble du pays.
La proprio m'a ramené sur Kopopo le lendemain dans son 4x4 ce qui m'a évité une galère en pmv et j'ai pu rejoindre a l'heure le centre de plongée où je m'étais booké un double tank dans l'hôtel le plus luxueux de la ville. C'était pourtant là que j'avais trouvé le prix des plongées les moins chères, quasi moitié prix par rapport a ses 2 autres concurrents et encore divisé par 2 quand au moment de payer, la nana de la réception s'est gourée et ne m'en a facturé qu'une seule.
Par contre, le planning des plongées n'a pas été respecté. Alors que je voulais absolument faire l'épave la plus réputée de la région, qui vacillait a près de 50/70m de fond juste en bord de cote, au moment où on s'est mis a l'eau, et pourtant in avait déjà fait plus de 45' en speedboat pour rejoindre le site, on a vu un énergumène torse nu un coupe coupe a la main hurlé dans notre direction et se précipiter a grandes enjambées vers notre embarcation. On a laissé le boatman gérer ça et on a commencé a nager avec tout notre attirail au départ du site mais le mec beuglait tellement et devenait de plus en plus menaçant que mon dive master a préféré retourner au bateau pour essayer de parlementer. Mon dive master a assuré le gars qu'on avait bien payé le droit d'entrée mais il s'est avéré qu'il y avait un conflit latent entre 2 communautés qui se disputaient l'appartenance du reef où l'épave était située. L'une disait que c'était sur sa parcelle et l'autre sur la sienne. A priori l'épave était entre les 2. Or, il y a plusieurs jours de cela, un groupe de 7 plongeurs était venu ici et le mec en question n'avait toujours pas touché le droit d'entrée pour ces personnes et déclarait qu'il ne laisserait plus personne plonger ici tant qu'on ne lui aurait pas payé son due. Ca devait faire une semaine entière qu'il était planté là sur son bout de falaise a attendre qu'un bateau de plongeurs ne s'y arrête! Ce sont les explications que m'a donné le dive master après traduction mais je soupçonne qu'il ne m'ait pas tout dit et qu'il y avait autre chose de sous-jacent car je ne l'ai pas trouvé plus étonné que ça et j'avais également essuyé un refus d'un autre centre de plongée pour aller sur cette épave.
Dommage pour moi, on est reparti sans plonger ici et on s'est rabattu sur une épave de moindre envergure plus proche de Kopopo sur une petite ile où l'on a également fait une seconde plongée dérivante le long d'un beau mur de coraux.
Apres la plongée et avoir bien profité du resto et de la magnifique terrasse de l'hôtel de luxe qui surplombait la baie, je suis retourné sur Kopopo, non sans m'être arrêté faire une petite visite en chemin des tunnels que les japonais avaient fait creuser pendant la seconde guerre mondiale et qui servaient de véritable base armée souterraine. Il y avait une énorme grotte qui avait été creusée pour stocker jusqu'a 6 bateaux afin de les cacher des vols de reconnaissance américains. Egalement un hôpital qui contenait des dizaines de pièces sur plusieurs niveaux. Impressionnant.
L'hotel que je me suis trouvé a Rabaul était d'une autre envergure. Il ressemblait plus a l'austère hôpital que je venais de visiter qu'au resort de luxe de Kopopo.
Le lendemain, je suis parti faire la montée du volcan qui était la cause du ravage de Rabaul. Il a tout d'abord fallu traverser la vieille ville dont on peut encore voir a certains endroits une épaisseur de cendre assez impressionnante. Puis pour rejoindre le volcan, il y a une longue route de près de 10kms qui longe la baie. Il y avait un resort qui proposait les services d'un véhicule pour s'y faute déposer mais je trouvais les prix abusés et ai décidé de tenter la chance a pied. J'avais a peine démarré et alors qu'il s'agit d'une route très peu fréquentée, qu'un camion poubelle est passé par là et m'a pris en auto-stop. Ils n'allaient pas forcement dans cette direction mais ils m'ont tout de même déposé juste au départ du trek. Il y avait quelques locaux qui vendaient des bricoles dans des petites huttes mais sinon c'était le désert, aride et extrêmement chaud. Il fallait s'acquitter d'un droit de passage obligatoire pour traverser une source d'eau chaude (5 kinas soit quasi rien) et les locaux insistaient pour que je prenne un guide pour la montée, me disant qu'il y avait déjà eu des morts qui avaient glissé a l'intérieur du cratère ou qui s'étaient perdus en chemin. Pourtant ça n'avait pas l'air loin et je pouvais voit un chemin qui montait jusqu'au sommet. Je savais que c'était tout de même assez dangereux et me voyant hésitant, ils sont sortis leur argument massue: des raskals armés pouvaient surgir dans le coin et que je pouvais me faire dépouiller. Ca a eu tout l'effet inverse escompté! Généralement quand un mec me dit ça, c'est souvent que c'est lui le raskal et alors je suis en méfiance maximum vis a vis de lui. Du coup, j'ai décliné l'offre et ai démarré par la visite de la hot spring. Ils sont revenus a la charge pour me vendre d'énormes oeufs de megapodes qu'ils trouvent en creusant profondément dans le sable volcanique. J'en ai gouté un et effectivement ça calait bien! Une voiture rouge est arrivée avec un local qui venait visiter le coin. J'ai tapé la discute avec lui 5' et quand je lui ai dit mon prochain itinéraire, il m'a dit qu'on serait surement amené a se revoir très bientôt. Je n'ai pas relevé et suis parti me faire l'ascension. Lui, avait peur de tomber et n'a pas osé s'approcher plus près.
Il est vrai que sans une seule partie ombragée de tout le parcours, il y avait de quoi fondre littéralement au soleil. J'ai mis 40' a arriver au sommet qui fumait encore avec des parties jaunes fluo typique du soufre. Il y avait une magnifique vue sur la baie et Rabaul. Il n'était pas compliqué d'imaginer ce nuage de cendre dévastant tout sur son passage.
J'ai entamé le retour a pied et ai pu avoir un ride a la 1ere voiture qui passa et s'arrêta, soit au bout d'une heure en plein caniar sans compter l'aller/retour de la montée. Je commençais a compter car je savais que la journée allait être longue. En effet, j'avais prévu d'économiser une nuit d'hôtel et d'aller dormir au sommet de la plus haute montagne de la baie, réputée pour sa magnifique vue sur toute la région. Le truc, c'est que j'ai démarré un peu tard de l'hôtel et aurais du prendre un peu plus de marge. En effet, j'ai poireauté pendant plus d'une heure a l'arrêt de bus que le bon pmv se pointe pour me déposer au départ du trek mais les locaux qui étaient là me disaient tous qu'il n'y avait plus ce pmv a cette heure là et que dormir au sommet sans guide, c'était super dangereux, qu'il y avait plein de raskals, qu'un touriste était mort il y a quelques mois en tombant dans une crevasse invisible a l'oeil car recouverte par de la végétation, etc. Je n'en eu cure mais commençais tout de même a m'inquiéter de l'heure. Il ne restait plus qu'une heure et demi avant la tombée de la nuit et la montée était annoncée entre 1 a 3 heures. J'avais déjà préparé tout mon bardas et quitté ma chambre d'hôtel. Je ne me sentais pas de faire machine arrière. J'ai pris un autre pmv qui ne me déposait pas tout a fait a l'endroit prévu et j'espérais marcher et me demerder sur place. Les locaux qui attendaient avec moi ont expliqué la situation au chauffeur qui m'a pris en pitié et m'a proposé de m'avancer un peu. Il est monté le long de la route qui allait au départ du trek et m'a lâché a un carrefour où il y avait un local avec sa femme et ses 2 enfants en bas âge au bord de la route. Le chauffeur lui a expliqué la situation en lui demandant de me guider. Le mec a dit ok et alors que le chauffeur partait, il m'a dit que le tarif était de 50 kinas et incluait le droit d'entrée. C'était le tarif qu'on m'avait donné pour une excursion complète au départ de Rabaul mais vu que je voulais dormir au sommet, je lui ai répondu qu'il devait juste me donner le chemin a prendre. Il m'a dit "c'est 50 kinas pour les indications, sinon tu peux essayer de trouver quelqu'un d'autre si tu continues sur la route principale". C'est ce que j'ai fait mais au bout d'a peine 2', j'ai réalisé qu'il n'y avait personne dans le coin et qu'il restait a peine 30' avant que la nuit ne tombe. J'étais coincé. J'ai fait demi tour et lui ai dit qu'il m'accompagne a la moitié du chemin jusqu'a que je sois sur de ne plus me perdre et qu'il pouvait alors faire demi tour vu que de mon cote, j'avais prévu de dormir au sommet. Il a accepté moyennement un prix de 30 kinas tout de même le bougre.
On est parti a toute vitesse dans les fourrées et il m'a fait prendre des petits raccourcis de malade pendant 10 bonnes minutes que je n'aurais effectivement jamais trouvé seul avant que l'on ne débouche sur un passage un peu plus large. De là, il m'a dit "c'est facile. Il suffit d'aller toujours tout droit. A un moment, tu auras un embranchement, tu prends a droite et ensuite c'est tout droit jusqu'au sommet", puis il est parti. Bon, c'était un peu cher payé pour 10' de marche mais après tout, si c'était tout droit, ça ne me dérangeait pas de marcher seul au contraire.
J'ai vu un 1er embranchement et ai pris a droite puis ça continuait pendant un moment et un second embranchement, j'ai pris de nouveau a droite et encore un autre embranchement puis un autre. C'était truffé de petits chemins car il y avait des plantations de copra de partout. Le guide me l'avait mise bien profond l'enfoiré! La nuit tombait et j'ai pu continuer comme ça pendant une bon'e grosse demi heure avant qu'il ne fasse nuit noire complètement. Le sommet n'était pas loin a vol d'oiseau mais impossible de se repérer dans cette dense foret. J'étais en galère et il me fallait au moins me trouver un coin suffisamment plat et dégagé pour poser ma tente et ce avant que je ne tombe dans une crevasse.
J'ai fini a la lampe torche mais ca n'aidait pas vraiment dans cette configuration. J'ai aperçu une colline dont le sommet et ai réussi a la rejoindre sans encombre. La lune m'avait bien aidé et j'ai pu y poser ma tente, me faire ma petite popote et même apercevoir le vrai sommet qui lui était définitivement inatteignable aujourd'hui. J'avais tout de même une belle vue sur Rabaul et Kokopo éclairées et ai passé une bonne nuit.
Le lendemain, j'ai réessayé de trouver le bon tracé en rebroussant chemin mais impossible de le trouver. Je me suis perdu de nouveau et ai atterri dans un village de l'autre cote de la péninsule, pas trop loin de là où il y avait l'épave. Je suis tombé sur une première hutte où le papa d'une famille m'a ramené jusqu'a un carrefour, après un bon 3/4h de marche d'où j'ai pu hitchhiker pour revenir sur Rabaul. Sacré expérience tout de même qui me servira de leçon pour plus tard ici en Papouasie: ne pas sous-estimer la foret et prendre un guide même si ça a l'air facile et faisable seul!
J'ai rejoint Kopopo en pmv et ai attendu, très patiemment, soit bien 3h, avant de pouvoir monter dans le 1er bateau qui s'était enfin rempli pour faire une traversée de 3h afin de rejoindre ma prochaine destination et province de PNG: la Nouvelle Irlande.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire