La traversée pour rejoindre Ambryn fut, comme prévu, dantesque. Je m'y étais préparé cette fois et avais mis mon maillot et mon masque de plongée qui m'ont bien étaient utiles tant ça mouillait dans cette bicoque. Par contre, je n'avais pas prévu qu'en milieu de parcours, le vrai proprio du bateau, qui était avec son acolyte, ne m'annonce un prix a 14000 vatus alors que je m'étais mis d'accord pour 7000 avec son compère. Ce dernier ne savait pas où se mettre, il s'était a priori trompé sur les prix! Ça ressemblait tout de même fort a un bonne vieille technique d'extorsion mais vu que je n'avais pas les tunes, je leurs ai laissé le choix de me ramener au point de départ sans un sous ou de finir la traversée au montant convenu. Le proprio a bien pris 5' a réfléchir avant d'accepter de me déposer sur Ambryn en ronchonnant. Le port où ils m'ont lâché n'avait pas l'air plus développé que l'ile de Malekula. En plus, on était un dimanche et je venais de rater les 4x4 qui étaient passés prendre les clients du vol du jour! Je me suis pointé dans une auberge où la proprio, qui se trouvait être la femme du mec qui gérait l'aéroport, m'a renseigné et m'a proposé une expedition sur les volcans pour 10000 vatus. Totalement hors budget. Elle m'a aussi confirmé que la traversée Malekula/Ambryn ne se faisait pas a moins de 15000 vatus. J'ai finalement carotté le boatman sans le savoir.
Marcelin de Lamap m'avait lâché le nom de Philip, un chef de village qui pouvait m'y emmener pour pas cher. Il m'avait donné le nom de Mel Tunong, un village que le lonely planet annoncé en plein sud de l'ile alors que j'étais au sud ouest. A vol d'oiseau d'après ma carte, ça semblait être a une quinzaine de bornes. La proprio n'avait pas l'air de connaître le bled et bien qu'elle me soutenait qu'elle connaissait un Philip qui habitait a 5km d'ici. Je ne lui ai pas fait confiance et ai démarré la marche le long de la cote pour rejoindre ce lieu-dit. Ce que la carte du Lonely ne montrait pas, c'est que la cote était totalement déchiquetée. Ca n'arrêtait pas de zigzaguer et en plus ce n'était pas plat du tout et les pieds dans la gadou. J'avais mon backpack full a près de 35kgs et j'ai pris très cher. J'ai marché pendant près de 4h en traversant quelques villages où les habitants avaient l'air surpris de voir un blanc randonné le long de la cote. Sur une base de 5km/h, j'ai bien du parcourir 20kms avant qu'une forte pluie ne me stoppe. J'ai eu la chance d'être tout près d'un village et me suis abrité a la cantine du coin que les villageois ont ouvert spécialement pour moi. Ils étaient une bonne vingtaine autour de moi a essayer de comprendre où j'allais mais personne ne connaissait de Philip dans le coin. Le chef du village a été super cool et a pris le 4x4 du village, normalement utilisé exclusivement pour emmener les enfants a l'école, afin de me déposer chez le chef du village qui contrôlait l'une des entrées du volcan. Vraiment gentil de sa part surtout que la pluie avait redoublé d'intensité et que de mon coté, j'étais déjà complètement épuisé.
C'est le fils du chef du village qui m'a reçu dans sa pseudo guesthouse et qui m'a expliqué le malentendu: Mel Tunong se trouvait a cote de là où j'avais accosté et il y avait un autre endroit qui s'appelait "Mel Tunong" juste a cote d'ici. Le lonely m'avait induit en erreur et j'avais marché 20 bornes pour rien. Je lui ai dit sue je n'avais pas les tunes pour faire une expédition organisée et il s'est montré super compréhensif et m'a dit qu'il allait m'organiser ça pour le prix que je pouvais payer: trop cool de sa part! Surtout que ça incluait la nuitée chez lui et la bouffe.
Le lendemain matin, on est parti aux aurores avec 2 guides. La montée était en plein caniar et la partie la plus pentue en pleine rain forest fut assez hardcore. On s'est pointé au camp de base a la mi-journée et on a patienté un peu avant d'attaquer le premier volcan. Ambryn est en fait une île volcanique sur laquelle 2 volcans sont en éruption. La montée au premier cratère fut magnifique avec un paysage assez irréel. On se serait cru sur la lune, entourés de roches volcaniques, mais avec autour la jungle qui traçait comme une frontière entre le plateau de la montagne et la mer. Ca fumait de partout et le ciel s'est parfaitement dégagé alors qu'on s'approchait du 1er sommet. Le chef du village m'avait parlé d'une ascension "spéciale" qu'il était le seul a proposer car il disposait d'une corde de plus de 50m pour descendre au plus près du chaudron. Alors qu'on longeait l'arête du cratère sans pouvoir distinguer le fond, j'ai aperçu l'endroit où ils fixaient la corde. C'était pentu mais ça avait l'air faisable. J'oubliais de préciser que j'avais croisé 2 français qui en terminaient alors qu'on était dans la foret dont l'un qui s'était amoché l'ensemble du corps. Ils ne m'avaient pas précisé comment jusqu'au lendemain quand je les ai recroisés a l'aéroport. Le mec était descendu par ce chemin sans corde et avait dérapé sur près de 30m en s'arrachant la peau au passage. J'ai tout de même pris mes précautions et c'est passé. Et effectivement, ça valait le coup. J'étais au plus près du chaudron et ça bouillonnait comme il faut.
La remontée fut plus flippante car je voyais alors le mur qu'il y avait à escalader mais en prenant mon temps, c'est passé sans problème et j'ai rejoins mes 2 guides qui eux n'avaient pas osé descendre. Il faut dire qu'ils n'étaient pas vraiment équipés pour. L'un était en flip flop et l'autre carrément pieds nus.
On a traversé le plateau volcanique en passant par quelques cratères fumant avant d'arriver au second chaudron, encore plus beau que le premier bien qu'on soit situé assez haut par rapport a lui. La falaise tombait a pic quasi jusqu'au fond et on avait une vue plongeante sur la lave qui bouillonnait. On a attendu ici jusqu'a la nuit tombée malgré les jérémiades de mes 2 guides qui se plaignaient de la fumée soufrée. Des qu'il fut nuit noire, un nouveau spectacle commençait avec des projections et des bouillonnements qui prenaient une autre texture. J'en ai pris plein les yeux.
Je crois que j'ai préféré les volcans d'Ambryn a celui de Tana. On a l'impression de plus mériter le spectacle après une montée éreintante plutôt que d'arriver tout en haut directement en jeep. Mais avec le recul, le plus dur fit d'arriver jusqu'a la guesthouse de Lamap plutôt que l'ascension en elle-même.
La nuit fut fraiche au camp de base où l'on a dormi dans une cabane en bambou. Le chef du village m'avait dit de ne pas m'inquiéter pour la bougfe car les guides en auraient. Mes 2 champions avaient amené en tout et pour tout 3 bananes planteurs! Je crois qu'ils avaient l'habitude de se faire rincer par les touristes qui prévoyaient toujours plus qu'il ne faut. Pas de chance pour eux cette fois-ci, j'étais a l'arrache et avais du rie a peine assez pour moi. Je crois que ça leurs a servi de leçon pour les prochaines fois tellement ils ont crevé la dalle!
Le lendemain matin, on s'est fait la descente au pas de course et le chef du village a reussi a me trouver un vehicule jusqu'a l'aéroport pour gratos. Il n'y avait en fait qu'un seul véhicule pour toute la cote sud de l'ile qui faisait des allers/retours et le conducteur allait justement dans cette direction pour y chercher des policiers de la province. En effet, le chef du village avait balancé un des jeunes de son clan qui était considéré comme le petit baron de la marijuana du coin. Le jeune était parti en ferry jusqu'a Santo avec un sac a dos rempli d'herbe mais pas de chance pour lui, grâce aux indications du chef, les policiers l'attendaient a son arrivée et l'ont cueilli au vol. Ils allaient ensuite ramasser le reste de ses collègues au village. Ici dans le sud pacifique, la marijuana pousse de partout avec plus ou moins l'accord des anciens. Généralement, soit les vieux ferment les yeux (comme c'était le cas a Kadavu au Fiji), soit les jeunes sont discrets mais là, les chefs de villages d'Ambryn avaient décrété l'ile sans marijuana et le jeune n'avait pas été très malin, se montrant avec plein de nouveaux appareils chez lui.
On était en pleine saison de copra, la ressource principale des habitants de l'ile. Il s'agit des écorces de noix de coco que les paysans entassent dans des sacs après les avoir fait bruler. Les sacs sont ensuite acheminés par bateau jusqu'aux Philippines pour y être processés et ainsi transformés en huile de coco ou en savon. Un sac de 100kg est vendu ici pour 100 vatus soit 0,75€. Pas cher payé quand on voit la galère que c'est. J'ai posé la question du pourquoi ils ne montaient pas une usine de copra directement au Vanuatu vu que j'avais vu le même manège sur Malekula et le chef m'a répondu qu'il manquait la mise de départ pour démarrer un tel projet et que le gouvernement, déjà aux abois, n'apportait aucune aide financière. Les locaux vendent leur copra au moment de payer le semestre d'école de leurs enfants mais faut il encore qu'il reste encore assez d'argent car généralement des qu'ils ont empoché l'argent, ils courent se saouler la gueule avant de remettre le reste a leur femme qui gère la bourse de la famille avec ce qu'il reste.
J'ai rejoint l'aéroport, une piste d'herbe située quasi en bord de mer et pourtant entourée d'une dense forêt.
Quelques arrêts plus tard avec une dernière nuit passée a Port Vila et je décollais pour ma prochaine destination: les iles Solomon.
lien vers la video Ambryn