Pas évident de rejoindre le centre de l'Australie en mode budget. Le site d'Uluru, situé en plein désert, est éloigné de tout de plusieurs milliers de kms. J'ai opté pour un vol a partir de Melbourne et ai eu la chance de pouvoir survoler le site avant l'atterrissage. Il n'y a qu'un seul resort ici qui a le monopole sur tout: l'hébergement, la nourriture et les transports. Il en coutait 80$ rien que pour aller sur le site d'Ayers Rock, situé a a peine 20kms. Je me suis essayé a l'auto-stop bien que tout le staff de l'hotel me le déconseillait fortement vu les grosses chaleurs: quasi 40°c. Et pourtant une petite demi heure d'attente et un blanc travaillant dans le ravitaillement en nourritures des différentes réserves aborigènes de la région me donna un ride. Grace a lui, j'ai même pu éviter de payer les droits d'entrée dans le parc en me faisant passer pour un de ses collègues. Il me parla un peu des tribus locales en me confiant que la plupart des aborigènes ici était des fainéants qui restaient assis toute la journée a l'ombre d'un arbre sans rien faire et a attendre les allocations versées par le gouvernement. Bizarre qu'il est choisi un tel boulot, alors qu'il venait a la base de Sydney.
Arrivé au pied de la bête, quelle fut ma déception quand je pris connaissance des panneaux indiquant que la montée au sommet était interdite. Il y avait un long débat sur le sujet expliquant que quand les premiers occidentaux avaient découvert le site, ils avaient pris l'habitude de l'escalader sans savoir que l'endroit était sacré pour les aborigènes. Il faut dire qu'il n'y avait plus d'aborigènes vivant dans le coin a l'époque et que les réserves actuelles étaient essentiellement formées par des individus venant d'autres régions et ayant été attirés par la vie facile ici, les allocations gouvernementales rendant la chose possible. Néanmoins, par peur de voir l'affluence des touristes diminuée, les autorités n'ont jamais pris la décision ferme d'interdire l'ascension d'Ayers Rock mais laisse le choix a chaque touriste de l'entreprendre ou non en toute connaissance de cause. Ca, c'était la partie théorique de la chose. En pratique, des locaux avaient détérioré les 30 premiers mètres de la montée en enlevant les chaines. Du coup, les rangers avaient suspendu toute ascension jusqu'a nouvel ordre. Or ça faisait déjà plus de 6 mois et rien n'avait été réparé. Je me suis dit que j'allais me contenter de faire le tour du rocher. Ca représentait déjà 10 bons kms en plein caniar mais a la fin de la boucle, j'ai trouvé qu'il manquait quelque chose. J'ai attendu qu'il n'y ait plus personne au depart de l'ascension et ai filé comme le vent jusqu'au 1er sommet. Pour passer plus inapercu, je me suis mis torse nu afin de me fondre dans la couleur de la roche. Malheureusement, un bus de touristes est passé 5' plus tard alors que j'étais en plein milieu de la montée. J'ai entendu des cris vers ma direction mais ai préféré ne pas me retourner et faire comme si je n'avais rien entendu. J'ai poursuivi jusqu'au sommet où la vue et l'endroit en lui même étaient très spécial. Il n'y avait que le désert tout autour et une montagne ou 2 que je pouvais distinguer au loin. Je sentais qu'il se dégageais quelque chose ici, un peu mystique.
A la redescente, j'ai attendu qu'il n'y ait plus de touriste au pied du rocher pour l'entamer au pas de course. C'était sans compter le ranger qui m'observait du coin de ses jumelles. J'avais probablement été balancé par un des tour guides. A la moitié de la descente, j'ai vu son 4x4 se pointer juste en bas. J'étais coincé. A quelques mètres de l'arrivée, je l'ai pris prendre des photos de ma descente. Ca n'annonçait rien de bon. J'ai feint de passer par le cote afin de prétendre que je n'avais pas vu les panneaux. Des qu'il m'a vu prendre un autre chemin, il a crié en ma direction en m'ordonnant de venir directement a lui. Il m'a demandé ce que je faisais là et si je n'avais pas vu les panneaux signalant que la montée était interdite. Je lui au dit que j'étais passé par le cote et qu'il n'y avait aucun panneau a cet endroit. Il m'a demandé mon passeport. J'ai hésité a lui donner mais vu la désastreuse expérience de la dernière fois sur l'Overland Track, je me suis dit que j'allais tenter une autre tactique et lui ai donné mon passeport. Il a appelé le central et a discuté avec le chef des rangers. Il m'a demandé si j'étais au courant que la montée était interdite. Je lui ai répondu que non. Il a semblé surpris et m'a dit qu'on aurait du me prévenir a l'entrée du parc lors du règlement des droits d'entrée. Vu que j'avais fraudé l'entrée en passant avec un local et que je ne voulais pas le mettre dans l'embarras, je lui ai dit que j'avais marché du resort, soit 20km en plein caniar...juste infaisable. Il m'a répondu que c'était super dangereux de marcher dans le bush et complètement interdit et que j'aurais pu me faire piquer par un serpent. Il a rappelé sa chef qui au vu de la situation a priori inédite pour eux a semblé sans recours. Le ranger m'a dit qu'il était me mettre 2 amendes, une de 450$ pour avoir monter Ayers Rock alors que le trail était fermé et une autre pour ne pas avoir de billet d'entrée dans la réserve. Je ne risquais pas grand chose car je n'avais aucune intention de payer la moindre amende mais finalement le ranger m'a dit que j'avais été cool et coopératif avec lui et qu'il ne me mettrait pas d'amende. Il m'a demandé comment j'allais repartir et quand je lui ai dit en auto stop, il m'a alors donné un ride jusqu'a l'entrée où j'ai tout de même du m'acquitter des droits d'entrées a 20$. Plutôt une chance que d'être tombé sur ce ranger! J'ai eu un ride dans la minute qui a suivi pour me ramener au resort: perfect!
Dans le resort, il y avait toutes les gammes de prix: des chambres super luxueuses au camping en passant par le dortoir. J'avais opté pour la dernière solution et ai fait la rencontre dans le dortoir de 2 jeunes hollandais, Rick et Mark, militaires de carrière dans l'infanterie, qui avaient loué une voiture pour visiter la région. Ni une ni deux et le lendemain matin, on partait ensemble tous les 3 a la visite du 2eme site du coin, le Kula Tjuta, situé a seulement quelques dizaines de kms du resort.
Il s'agit également de formations rocheuses mais celles-ci sont plus accidentées et on peut se balader a l'intérieur. On a fait le trail appelé the wind" bien que ce dernier était fermé (des qu'il dépasse 36°c ou qu'il est plus de 11h du mat!) pour une petite balade a l'intérieur du canyon. On a poussé un peu les machines en entamant une petite montée d'un des sommets afin d'avoir une vue vertigineuse sur le massif nous entourant ainsi que d'Uluru que l'on apercevait au loin.
On a ensuite enchainé par le Kings Canyon situé a 350km d'ici sur une route rectiligne monotone. Le trail était de nouveau fermé, toujours pour les mêmes conditions et on a du sauter la barrière. Ce qui une nouvelle fois, a permis une visite exclusive du site. L'endroit était magnifique afin un jardin bordé de petits plans d'eau disséminés ici et là qui portait le nom de "jardin d'Eden"...et pour cause! On a vraiment pris notre temps dans ce canyon tant et si bien qu'on s'est fait rattraper par la pluie sur la fin du parcours. Et comme par magie, des centaines de grenouilles sont sorties de nulle part.
Mark et Rick repartaient sur Uluru. Quand a moi, j'allais en direction d'Alice Spring et mes 2 acolytes m'ont donc laissé en pleine nuit au carrefour entre les 2 routes, en plein désert.
J'avais prévu le coup et avais pris près de 10L d'eau avec moi. Alors que je prenais mon diner dans ma gamelle, un scorpion est sorti de sous mon sac et est allé se loger dans mon day pack! Des que je me suis approché, il a levé son dard et s'est immobilisé. Il ne me laissait pas trop le choix que de le terrasser si je voulais passer une nuit tranquille en tente.
Le lendemain matin, j'ai été réveillé vers 4h du mat par un road train qui passait par là et ai tout de suite entamé l'auto stop. Il y avait un bon 500km a parcourir et très peu de voitures qui passaient par là. En plus, les mouches étaient partout et rodaient autour de mes yeux pour rendre l'étape encore plus éprouvante. J'ai finalement eu un ride vers 10h par Steeve, un européen, tour du mondiste a son heure, qui avait atterri ici il y a plus de 40ans et qui était finalement resté dans la région, se mariant a une aborigène. Il m'a confié qu'il avait fait le même parcours 40ans plus tôt et qu'il avait mis 3 jours avant d'avoir un ride!!!
Steeve habitait dans la campagne, dans un coin perdu d'Uluru et il devait aller a Alice Spring pour aider sa mère, alors âgée de 80 ans, a déménager de Surfers Paradise a Alice Spring. On est arrivé a Alice Spring sans encombre et après m'avoir fait visiter le point de vue du coin, in a eu une petite surprise quand on s'est aperçu que la voiture ne démarrait plus. Encore heureux que Steeve était mécanicien a ses heures...
Dans l'auberge de jeunesse où je suis resté, j'ai fait la rencontre d'une jeune italienne qui venait de finir un tour avec une agence locale. De fil en aiguille, je me suis retrouvé dans un 4x4 avec Debora la guide touristique, spécialisée sur la culture aborigène, pour aller visiter les Mac Donnell West. On aurait presque fait tous les sites en 2 jours si l'on avait pas perdu la vitre arrière du 4x4 en chemin. Les Mac Donnell étaient une chaine de montagnes ravissantes tout étirées a l'horizontal, en plein désert mais munies de point d'eau dans lesquels on pouvait se baigner.
J'ai appris plein de choses sur la culture aborigène au contact de Debora qui d'ailleurs partait en retraite faire une initiation shamanique au Pérou. Mais mon temps était déjà révolu ici et je reprenais l'avion direction Perth cette fois-ci où je devais y retrouver une vieille connaissance...