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mercredi 5 septembre 2018

mardi 31 juillet 2018

201807 Pakistan Gilgit Baltistan part 7: Gondogoro La


Parti comme une trombe en plantant mon équipe de guides/porteur sur place, je suis redescendu a toute vitesse pour ne pas qu’ils voient dans quelle direction j’allais repartir. Au bout d’1/2h, j’ai vu qu’ils n’étaient plus qu’a quelques centaines de mètres de moi. J’ai accéléré la descente et ai pris complètement a droite le long de la vallée d’Hushe en longeant un ancien canal. 

Au bout d’1h de marche, j’ai rencontré un groupe de 4 touristes pakistanais qui revenait justement de Gondogoro La avec mon agence. Il y avait tout d’abord un des porteurs qui était venu avec moi le tout 1er jour dans la vallée d’Humbrok. Il m’a demandé comment j’allais et je lui ai dit « ok, je vais au K7 BC », histoire de noyer le poisson. Puis 1h plus tard, je rencontre la fin de ce groupe avec l’oncle d’Issac, un des responsables de mon agence. Il m’a demandé où j’allais. Je lui ai répondu la même chose et il m’a demandé « tout seul? » d’un air etonné. Je lui ai montré une photo de mon groupe en lui disant qu’on n’avait pas pu aller plus loin a Baushul et qu’on avait du coup décidé d’aller au K7 BC mais qu’il manquait un sac de nourriture et que les autres étaient retournés a Hushe et Nabil allait me rejoindre avec le sac. Ca ne lui a pas semblé trop bizarre et il m’a dit « mais tu t’arretes a Saicho pour y passer la nuit et attendre Nabil, n’est-ce pas? ». Je lui ai repondu « bien sur » et ai pu continuer ma route. Je suis passé a 2 doigts de me faire stopper là!
Saicho est le 1er arrêt habituel que l’on fait après Hushe quand on va dans la direction de Gondogoro ou K7 BC, situé entre 3h et 5h de marche. Mon intention n’était surement pas de m’arrêter là car je savais qu’une fois repris, ils ne me laisseraient pas aller au Gondogoro sans le walking permit. 
Du coup, arrivé a hauteur de Saicho, j’ai vu les 1ères tentes apparaître et ai discrètement contourné le campement en faisant un leger détour pour que personne ne me voit. Cela changera tout pour la suite...
Le temps n'était pas terrible et je me suis dit que j’avais vraiment pris la bonne décision car de toute façon, on aurait été coincé sur la montée du Baushul avec un temps pareil. Je savais que c’était très court pour tenter la montée au col du Gondogoro et qu’il ne fallait pas que je traîne si je voulais avoir une chance de passer. Il faudrait aussi que le temps me soit clement ce qui n’avait pas l’air d’en prendre la tournure pour le moment. La pluie a fait son apparition mais cela m’a juste ralenti un peu.
Mon sac était tout de même très lourd, plus de 20kgs et je sentais son poids cisailler mes épaules. J’ai fait une pause vers 11:30 planqué a l’écart du chemin principal alors que l’on avait commencé a 6:30 le matin et que je leurs avais faussés compagnie a 7:30. Une bonne sieste d’1/2h sous un arbre a laisser passer la pluie puis je repartais. Je savais qu’il fallait que je laisse encore plus de distance que ca entre mes éventuels poursuivants et moi en partant sur la base qu’ils devraient partir d’Hushe puis iraient probablement sur la fausse piste au K7 BC avant de reprendre ce chemin ce qui me laissait une bonne marge tout de même. 
Mon idée était de dépasser au moins Dalsampa, situé a 4170m d’altitude et de me rapprocher le plus possible de Kuispang (4700m). J’ai marché jusqu’a n’en plus pouvoir. J’avais tout de même la pression car il fallait que je trouve un terrain suffisamment plat et grand pour y caler ma tente avec une source d’eau à proximité pour que je puisse me faire à manger et tout ca avant la nuit. J’ai trouvé l’endroit parfait vers 16:30 alors que j’étais a un peu plus de la moitié du chemin entre Dalsampa et Kuispang a vu d’oeil a vol d’oiseau d’après la carte que j’avais prise en photo a l’entrée du parc. La nuit tombe vers 19h/19h30 et j’avais deja marché 10h aujourd’hui. J’avais mon compte! 
Au niveau nourriture, je me savais un peu short. Il allait falloir rationnaliser. J’avais récupéré le reste du riz et il y en avait pour 2 portions. Je me suis fait une soupe et la moitié du riz et cela allait me suffire pour le dîner. J’avais longé quasi toute la journée le glacier du Gondogoro par la droite et ce dernier allait faire une courbe le lendemain. D’après la carte, il devrait y avoir plus de marche sur glacier demain soit pas vraiment ma partie préférée car c’est souvent plein de roches qui se derobent sous les pieds. Il fallait absolument que je garde la trace du chemin principal et ne pas m’en éloigner pour ne pas me perdre. Facile a faire sur de la piste, surtout que le chemin est tout de même assez fréquenté (plutôt dans l’autre sens d’ailleurs, a savoir d’Askole a Hushe) mais une toute autre paire de manche dans un pierrier sur glacier où il faut soit repérer les petites pyramides de pierres laissées là par des prédécesseurs bien intentionnés soit essayer de repérer les pierres plus ou moins tassées par le passage continu des marcheurs. Mais vu que ca monte et ca descend avec des crevasses dans tous les sens, j’ai du m’y reprendre a plusieurs fois lors de mon approche de Kuispang qui a été au final beaucoup plus longue que prévu. J’ai pourtant démarré a 5h30 du mat et pensais y être au bout de 2h mais n’ai atteint mon but que vers 10h soit après presque 5h de marche. Il y avait plein de porteurs a Kuispang qui attendaient leurs clients qui faisaient la traversée du col. Cette dernière dans le sens « normal » d’Askole a Hushe se fait a partir du « Ali camp » situé de l’autre coté avec un départ vers 1am pour espérer arriver au lever du jour vers 5am au col du Gondogoro et ensuite entamer la descente jusqu’a Kuispang. 
J’ai eu le droit a plein de questions, toujours les mêmes de la part des porteurs et mon baratin avait l’air de tenir a peu près la route. Je disais que je faisais partie de mon agence et que Taki, qui était connu de tous ici, mon guide initial, a eu un problème a l’estomac et a du rebrousser chemin. Par chance, Kuispang contient ce qu’ils appellent une « cantine », a savoir qu’il y avait un mec qui vivait là a plein temps pendant la saison et tenait une petit boutique: Providence, j’étais sauvé, au moins coté estomac. Je lui ai pris 2 oeufs (depuis le temps que je n’en avais pas mangé: miam!), 2 sachets de noddle et un paquet de gateaux pour mon prochain petit dej. 
On pouvait voir la fin de la vallée et les murs qui l’entouraient mais pas vraiment le col qui devait se cacher quelque part entre ces pointes. Ca avait tout de même l’air de monter bien a pic. J’avais entendu parler d’une corde fixe qui est installée pour la saison et qu’il fallait payer 10,000 roupies pour l’utiliser soit 65€ tout de même. 
Le temps était couvert et il n’y avait aucun intérêt de tenter une ascension maintenant. Le tenancier m’a proposé de monter ma tente dans un coin de son campement. Je me suis exécuté et a peine fini, les 1ers trekkers qui venaient de faire la traversée arrivaient. J’ai discuté avec un espagnol sympa qui faisait partie d’un groupe cosmopolite composé de 2 polonais, d’un chinois, 2 autres espagnols et un américain. Il m’a dit que la montée et la descente était assez dure, qu’on avait parfois de la neige jusqu’au bassin. Pour lui, qui avait été le plus rapide de son groupe, il fallait 4h a 5h pour la descente et a peu près pareil pour la montée, ce qui concordait avec ce que m’avaient dit les porteurs presents sur le site. 
Vu le temps, mon plan était de me reposer et d’éventuellement tenter une ascension nocturne si je voyais des étoiles dans le ciel pendant la nuit, avec un départ vers 1h du mat pour arriver au sommet pour le lever du soleil. Pas un de mes plans favoris tout de même. Je n’aime pas marcher de nuit a la frontale et encore moins quand je suis seul et que je ne connais pas le chemin. Par contre, ca avait l’avantage de m’alléger mon sac au maximum vu que j’allais laisser la tente là et donc de pouvoir monter plus sereinement, surtout que le col est tout de même annoncé a 5600m d’altitude. 
Du coup, après m’être fait mes oeufs durs et une petite sieste, je suis allé me ballader au sommet d’une colline pour y admirer notamment le magnifique peak Leila a la forme si particulière. Et dire que des espagnols sont venus l’année passée l’escalader pour le redescendre a ski!
Le temps ne s’arrangeait toujours pas et je suis reparti dans ma tente refaire une sieste. Il était 14h quand le ciel a commencé a montrer du bleu avec un peu de soleil. J’aurais pu partir là et poser ma tente au sommet du col mais je ne me voyais pas me taper la montée a pleine charge et je voulais être sur que le beau temps allait se maintenir.
A 15:30, un des porteurs qui parlait a peu près anglais est venu me voir pour me dire que le tenancier voulait que je lui paie 5000 roupies soit 35€ pour pouvoir passer la nuit ici car tous les groupes payaient ce prix! Je lui ai répondu que je n’avais pas cet argent (il ne me restait que 2000 roupies en poche et sinon des euros) et qu’au vu du prix, je préférais aller camper plus loin!
Du coup, j’ai plié bagage et suis reparti. Au vu de l’heure avancée de la journée, je n’avais que 2 solutions qui s’offraient a moi: - soit aller camper plus loin genre au pied de la montée du col et il m’avait semblé avoir distinguer des terrains plats au loin, 
- soit tenter la montée maintenant en sachant qu’il y avait de grandes chances que je termine de nuit.



Je me suis dit que je déciderais en chemin selon les emplacements que je trouverais. J’ai mis 2 bonnes heures de marche d’approche pour finir de longer le glacier et je suis effectivement passé plusieurs fois sur des emplacements possibles pour ma tente mais a chaque fois, je me disais « encore un peu plus. Cela fera moins a marcher dans le noir le lendemain matin ». En calculant bien, si je mettais 5h depuis Kuispang en étant parti a 15:30/16h, ca me faisait arriver a 20:30/21h soit 1h30 de marche a la frontale alors que si j’attendais et partais a 2h ou 3h du mat le lendemain au pied du col, ca me faisait tout de même 3h dans le noir avec en plus un délai d’attente au sommet si j’arrivais trop tôt avant le lever du soleil ou une possibilité de le rater si je mettais plus de temps. 
Au vu de ces données, le choix était vite vu et j’ai démarré l’ascension. J’avais omis dans mes calculs 2 paramètres non négligeables et qui allaient me coûter cher:
- le 1er, l’heure de l’ascension. En partant en fin de journée, je n’aurais pas de la glace bien dure pour que mes crampons accrochent bien dedans mais de la neige toute mole dans laquelle j’allais m’enfoncer ce qui allait rendre mon ascension extrêmement plus fatiguante et plus risquée aussi car mes crampons adhéreraient beaucoup moins. 
- le 2eme, mon degré de fatigue. J’avais démarré tout de même a 5:30 du mat et avais deja 5h de marche dans les pattes + 2h d’approche. Avec l’altitude, ca n’allait pas aider.



L’ascension démarrait par une longue traverse, ce que je déteste le plus car c’est là que l’on glisse le plus. Il y avait tantôt des passages en pierres tantôt en neige et du coup, je n’ai pas mis mes crampons tout de suite. Grossière erreur: lors d’une transition pierre a neige, a peine avais-je mis le pied sur la neige que je me suis retrouvé sur une plaque de glace qui m’a fait directement tomber. Je me suis retrouvé en une fraction de seconde sur les fesses en train de dévaler la pente dans le vide. Ca m’a tout de suite rappelé mon experience en Albanie où il m’était arrivé la même mésaventure et j’avais glissé sur 30 mètres avant de me retrouver dans une crevasse sans avoir eu le temps de réagir. Ici en revanche au bout de 3 mètres de glissade, j’ai pris mon courage a 2 mains, me suis retourné et ai planté mon piolet dans la glace tout en essayer de freiner ma chute avec les doigts de l’autre main qui s’enfonçaient dans la glace. Je suis parvenu a m'arrêter 5m plus bas. Ouf, ce n’est vraiment pas passé loin d’une mauvaise catastrophe car a cet endroit là, je dévalais dans le vide sous 200 mètres peut être. 
Du coup, j’ai enfilé mes crampons en plein montée et ai poursuivi mon ascension. J’aurais voulu me changer, rajouter un collant et mettre mon pantalon de pluie par dessus mon pantalon de trek afin de ne pas être trempé mais impossible ici vu la pente et je ne pouvais pas m’arrêter plus de 5’ car la température avait bien diminué et j’avais très vite froid. Le temps avait tourné mauvais et il commençait a neiger alors que la lumière du jour se faisait de plus en plus faible. Ca sentait le scénario catastrophe. Je me suis même dit a un moment qu’il était peut être plus sage de redescendre, surtout qu’il n’y avait pas d’intérêt de monter si le temps était couvert, lorsque j’ai aperçu le bout de la corde a une cinquantaine de mètres au dessus de moi. Yes, avec elle, je ne pourrais a priori plus me perdre et devrais arriver sain et sauf au sommet. C’était sans compter sur l’état de la neige qui, comme je l’ai souligné auparavant, était totalement molle. A chaque pas que je faisais un pas, je m’enfonçais sur un mètre, mes crampons glissaient et au lieu de faire un pas de 50cm, j’en faisais 10cm ou bien pire je reculais! Cela m’a demandé un effort surhumain d’avancer avec en plus le piolet dans une main mais qui ne me servait pas a grand chose dans une telle neige et la corde de l’autre qui pouvait facilement me glisser du bout des doigts a la moindre fausse manip. Je n’avais pas pris mon harnais que j’avais laissé a mes chers porteurs du Baushul pensant que ca allait trop m’alourdir. Vu en plus la mauvaise expérience vécue quelques minutes plus tôt, je peux vous dire que je n’en menais pas large. Mes chaussures étaient totalement trempées et de la neige s'était infiltrée a l’interieur. Je commençais a avoir les doigts de pied congelés. Il ne fallait pas que ca traine trop mais j’avançais si doucement, en plus avec l’altitude, j’avais le souffle court. La nuit a commencé à tomber et c’est là où j’ai en plus eu un coup de pompe. J’ai senti que je n’avais plus d’énergie. J’ai essayé d’avaler un bounty mais même ce dernier ne passait pas. J’avais la bouche toute pâteuse et quasi plus d’eau. Le scenario catastrophe. Je me suis vu y rester et mon moral était au plus bas. Puis j’ai aperçu au dessus de ma tête a une cinquantaine de mètres un piquet en bois qui avait l’air d’avoir été planté là. Peut être le sommet. Ca me paraissait tout de même tôt. J’ai regardé l’heure: 19h45, soit 4:15 que j’étais parti de Kuispang. Ca me paraissait court. Je me suis arraché jusqu’à ce piquet  et effectivement, c’était bien l’arrivée. J’étais sauvé. 
Encore fallait-il que je trouve un coin pour poser ma tente alors que j'étais dans une quasi mini tempête. Ca neigeait avec un vent très fort et il faisait nuit noir. Par chance, il y avait juste un petit croissant de lune qui réussissait a percer les nuages et qui me donnait un minimum de lumière. C’est ainsi que j’ai distingué une tente posée là et alors que je m’en approchais, un mec en est sorti pour venir m’aider. Il s’agissait de l’equipe de rescew. Ils étaient 2 et camper ici a plein temps pendant la saison. Malgré le bruit de la tempête, ils m’ont entendu respirer avec le boucan que je faisais. 
Ils m’ont trouvé un coin, le seul autre possible sur le col, où poser ma tente et l’un d’eux m’a prêté main forte pour la monter pendant que l’autre est allé me preparer une boisson chaude. Les sardines de ma tente n’arrivaient pas a pénétrer dans la glace trop dure et encore heureux qu’il y avait un petit muret en pierre que je me suis empressé de démonter pour m’en servir avant de maintenir ma tente. 
J’avais les mains et les pieds frigorifiés et la tasse de thé m’a fait du bien. C’était 2 jeunes super sympas. Ils m’ont proposé de rester dans leur tente et de manger mais je leurs ai dit tout fier que j’avais mon matériel. Je ne l’avais pas monté pour rien non plus! Ils n’ont pas oublié de me demander de payer pour la corde. Je leurs ai payé en euros avec un petit pourboire de 10€ chacun pour m’avoir sauvé la vie!
La nuit fut glaciale. Bien que mon thermorest, mon tapis de sol gonflable, me protège de l’humidité de la neige, je n’avais pas pris le modèle special neige qui était plus volumineux et je l’ai grave ressenti. Le froid arrivait a passer sur les points de contact où je m’enfonçais le plus dans le matelas comme le dos ou les pieds. Du coup, j’ai du mettre mon manteau coupe vent sous mon matelas pour pouvoir dormir. Le vent soufflait fort et avec la neige qui tombait, ca faisait un vacarme d’enfer. Ca ne s’annonçait pas top pour le lendemain.



Et pourtant, j’ai été réveillé par les 1ers porteurs qui traversaient le col a 5h du mat et quand je suis sorti, grand beau, ciel bleu et horizon complètement dégagé: le miracle! 
Ou du moins, les efforts qui ont porté leurs fruits et ont payé. Je me suis habillé et ai fini de gravir les dizaines de mètres du sommet pour voir l’autre coté: grandiose. J’avais quasi tous les 8000m du Pakistan qui me faisaient face. De droite a gauche, G1, G4, G3, G2, puis Broad Peak et enfin le fameux K2. J’avais attendu si longtemps pour le voir et il montrait enfin le bout de son nez, culminant tout de même a 8650m, majestueux, telle une énorme pyramide qui domine le monde. Un très beau moment.



Puis la valse des trekkers s’est intensifiée. Des qu’un groupe repartait, un autre arrivait. J’étais finalement content de ne pas l’avoir fait dans le sens normal. J’ai bien pris mon temps, ai attendu que le soleil dépasse G1 pour voir ses rayons marqués les autres sommets avant de remballer mon matos et d’entamer la redescente. Tous les porteurs qui passaient par là étaient étonnés de voir une 2eme tente a coté de celle de la rescew team. A priori, ca ne doit pas arriver si souvent. 



Le retour sur Kuispang fut bien plus aisé. La neige étant comme prévu beaucoup plus dure, ce fut presque un jeu d’enfants pour faire le trajet inverse. De mon cote, j’ai préféré passer par le blanc du glacier en allant tout droit, faisant fi d’éventuelles crevasses cachées sous des ponts de neige, plutôt que de repasser devant ces mécréants du camp de Kuispang, qui ont failli me couter la vie hier, bien qu’au final, je devrais plutôt les en remercier.
On était le 19/07 et j’avais une jeep retour pour Skardu qui m’attendait a Hushe le 20/07 au matin. J’avais encore un peu le temps mais il ne fallait pas trainer. J’ai marché sur le glacier pendant 3 bonnes heures avant de reprendre le sentier de terre. C’est là que je me suis fait attraper aux jumelles par le responsable de mon agence a Hushe. Ca faisait 3 jours qu’il me cherchait en compagnie des policiers d’Hushe. Ils sont allés jusqu’a Saicho le jour même, ont demandé aux gens si ils ne m’avaient pas vu et sont allés jusqu’au camp de base de K7 sans bien sur m’y retrouver. Ils ont ensuite retrouvé mes traces de chaussures dans le sable qui montraient que j’avais contourné Saicho et sont remontés jusqu’a Dalsampa avant que la nuit ne tombe. J’avais réussi a leurs échapper d’a peine 2h d’avance. Les policiers étaient tres remontés et énervés d’avoir passé 3 jours a me chercher dans la nature. On m’a expliqué que si quelque chose m’était arrivé, non seulement Issac, le responsable de l’agence serait allé en prison mais aussi ces policiers pour négligence. Pour le moment, je risquais si les policiers remontaient le problème a leurs supérieurs une note sur mon dossier qui m’empêcherait de demander un visa de nouveau pour le Pakistan. Je risquais aussi l’expulsion immédiate. Du coup, ils m’ont fait redescendre jusqu’à Hushe le même jour, sachant que j’avais commencé a descendre du col a 6:30am et qu’on est arrivé a 17:30, ca m’a fait 11h de marche forcée avec le sac a dos rempli.
Arrivé a mon auberge habituel a Hushe, le chef de la police locale m’a réprimandé et a dégagé les jeunes du coin qui étaient tous venus me féliciter de mon «exploit », a priori le mot était passé assez vite dans le village. Meme le proprio de la pension était au tacquet. Il m’a offert a manger et m’a même proposé de passer une nuit en chambre gratuitement. 
Côté administratif par contre, ca avait l’air plus chaud, ils ont appelé Issac et comme celui-ci n’était pas joignable car parti sur le plateau de Deosai avec des clients, des policiers sont allés le chercher directement sur le plateau! Il a du faire le trajet en jeep jusqu’ici, soit 5h de route pour s’expliquer devant les policiers d’Hushe. 
On s’est tous réunis le soir autour d’une table et les discussions ont duré une plomb le tout en dialecte local. Au bout du compte et grace a ses contacts haut placés, Issac a réussi a obtenir un classement de l’affaire. Il a été appuyé par le préfet du district, un de ses amis d’enfance, pour produire un faux permis de marche jusqu’a Kuispang. Il a du ensuite donné un dessous de table de 6000 roupies aux policiers pour ne pas qu’ils remontent l’affaire. Il m’a dit de ne surtout pas dire que j’avais été jusqu’au col de Gondogoro et tout est rentré dans l’ordre. 
Issac n’était finalement pas trop fâché ni rancunier par cette histoire, on s’est même dit qu’on se revoyait l’année prochaine pour la vraie ascension cette fois: celle de K2!!!

lien vers la vidéo Gondogoro


vendredi 27 juillet 2018

201807 Pakistan Gilgit Baltistan part 6: Expédition au Baushul peak


Revenu du Mashabrum, j’ai retrouvé a Hushe le représentant de mon agence qui me présenta a mes 2 nouveaux guides. Issac voulant que ça se passe bien, pas étonnant vu que je lui ai fait miroiter une montée au K2 l’année prochaine, avait mis les bouchées doubles avec 2 high altitude porteurs, l’un Nabil revenant également de Broad Peak et l’autre de Gashaburm 2. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un groupe d’allemands qui revenait de cette expedition mais malheureusement a cause du mauvais temps, ils n’avaient pas pu dépasser le camp 2. 

On a eu une longue discussion sur comment mener cette expédition. De mon côté, je voulais que ca aille vite et préférais aller directement au camp 2 puis pousser au sommet la nuit même. Ca me laissait du coup suffisamment de temps ensuite pour envisager un petit trek du coté de K7 BC, bien qu’en zone restricted. Eux voulaient prendre leur temps et j’ai bien compris qu’ils seraient payés a la journée. Au final, on s’est mis d’accord sur une 1ere journée de 3h au camp 1, passer la nuit, puis la 2eme journée au camp 2 avec soit disant 9h de montée avant d’attaquer le sommet dans la nuit. Le guide de G2, qui avait fait 2 fois l’ascension du Baushul, m’avait prévenu qu’il y avait un endroit délicat au début entre camp 1 et 2 et qu’il fallait absolument y passer très tôt sinon l’eau y serait trop importante. 
On a commencé a regarder le matériel et les charges des sacs et on n’était pas trop d’accord sur la répartition des poids. On a dit qu’on remettrait cette discussion a demain matin en répartissant de manière égale 1 tiers chacun lorsqu’a débarqué une famille de touristes a priori d’origine pakistanaise. On était le dimanche 15/07 au soir et quand j’ai commencé a taper la discute avec AJ, le père et qu’il a appris que j’étais français, il m’a tout de suite proposé d’aller voir le match, c’est a dire la finale de la coupe du monde de foot, qui avait lieu ce soir entre la France et la Croatie. Il faut savoir qu’ici a Hushe, l’électricité est très sporadique et que de toute façon, ils n’avaient pas la bonne chaîne. Moi qui me posais la question le matin même alors que je marchais de retour du Mashabrum sur un éventuel moyen de voir le match sans voir l’ombre d’une possibilité. J’ai dit oui tout de suite sans trop réfléchir aux 2,5h de trajet aller qu’il allait falloir se taper en jeep. AJ s’est proposé de tout prendre en charge, le diner, la nuit d’hotel et le retour en jeep. A priori fortuné mais le coeur sur la main. Une très belle rencontre. 
Du coup, j’ai dit a mon équipe qu’on se voyait le lendemain pour le départ de notre expédition et ai filé en jeep pour un bref retour a la civilisation. 



En chemin, AJ et sa femme Raafia, ont voulu faire un stop dans une pisciculture où ils avaient promis au gérant de faire une video avec leur drone de son exploitation. Arrivé sur place, le gérant me montre mort de rire ma photo de profil whatshapp sur son portable!?! Il s’agissait d’Hatem Ali, une personne avec qui j’étais en contact depuis des mois pour préparer ma venue ici et que j’aurais du d’ailleurs voir a Skardu. Quelle coïncidence! Il détient en plus de cette activité une école d’escalade avec parois attenantes a sa propriété. On s’est promis de se mettre en contact pour l’année prochaine et un éventuel trek K2 BC & G la. Il m’a dit qu’il avait tenté Baushul peak une fois mais qu’il avait du renoncer a cause de la hauteur de l’eau avant le camp 2.
Arrivés a Khuplo a 20h, j’allais faire mon check in dans la chambre d’hôtel que m’avait réservé AJ lorsqu’on s’est aperçu que le match venait tout juste de commencer alors que l’on pensait qu’il serait a 11h heure locale. Ils avaient bien fait les choses: un écran géant en plein air avec bien 200 places assises dans les jardins de l’hotel. C’est le haut commissionner du district (sorte de préfet local) qui avait organisé cela avec en prime la remise de la coupe du champion du district lors de la mi temps. Vu que la France jouait et que de toute façon, j’étais le seul étranger, ils m’ont mis dans les places d’honneur, carrément a gauche du haut commissionner. J’ai même eu le droit de remettre les diplômes de champions aux joueurs et apparaitre sur les photos: normal, français = champions!!!
Apres ce fabuleux moment où j’ai même fait un tour de piste de danse locale sous les applaudissements de la foule conquise, on est allé diner avec la famille d’AJ et Raafia. Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir permis d’avoir accès a de tels moments. Comme quoi, il suffit de pas grand chose pour prendre le bon virage et passer des moments merveilleux. 4h avant cela, j’étais au fond de ma tente a attendre le départ de mon expédition. 



Néanmoins il fallait revenir aux choses plus concrètes et a ma 1ere venue ici, la montagne. De retour a Hushe en début de matinée, j’ai retrouvé mes 2 guides qui ont finalement décidé de prendre un low altitude porteur (un porteur normal quoi) afin d’absorber les kgs restants, soit bien 30kgs en comptant la tente que Nabil m’a dit de lui refourguer. Je me sentais un peu coupable mais franchement ca ne gênait pas les 2 autres guides qui avaient des sacs encore moins remplis que le mien. J’ai tout de même demandé a l’un des guides si ce porteur pourrait aller jusqu’au camp 2 avec autant de poids et il m’a répondu oui sans problème.
On a fait 3 heures tranquille avec un peu de montées pour arriver au camp 1, dans une espèce de grotte a l’abri de la chaleur. On a pris le temps de faire la sieste l’après midi et quand il a fallu preparer le diner, on s’est aperçu qu’il manquait 2 sacs de provision. On avait bien le pot de Nutella et celui de confiture mais pas les denrées importantes comme les biscuits pour le matin ou les pates. J’ai tout de même fait mes calculs et pour moi on tenait si on gérait bien le 1,5kg de riz que l’on avait pour nous 4. Je leurs ai dit qu’on allait faire cuire tout le riz ce soir et qu’on en gardait la moitié pour demain soir. Ils m’ont a peine écouté et se sont envoyés les 3/4. 
Le lendemain, on arrive après une heure d’ascension a la partie compliquée. Nabil avance de quelques mètres sur le glacier et me regarde en me disant: « non, ca ne passe pas! ». Je lui rétorque « et donc on rentre, c’est ca? » tout en trouvant un autre chemin. Les 2 guides me suivent. Je tente d’enlever mon sac pour voir si cela passe en oubliant que j’avais mis ma go pro a une des sangles du sac. Du coup, celle-ci a filé droit dans les rapides. Impossible de la récupérer. J’etais deja fort enervé mais là, ca bouillait grave. 
Effectivement, ca passait difficilement si on essayait de forcer le passage par le torrent. Par contre, j’ai trouvé un  petit espace dans le glacier qui permettait a un homme sans sac de passer. Les autres m’ont dit que non mais j’ai tenté et suis passé de l’autre coté. Je leurs ai alors dit de me rejoindre et ils ont refusé. Je suis redescendu les voir et ils ont trouvé mille excuses pour ne pas y aller. Le low porteur a dit qu’il refusait d’y aller car sa charge était trop lourde. Je lui ai répondu qu’on pouvait decomposer son poids en plusieurs morceaux et les faire passer. Il a alors répondu qu’il n’avait pas les chaussures adéquates. J’ai alors proposé qu’on se repartisse a 3 la charge du low porteur, comme initialement prévu, en enlevant les choses superflus et que ca faisait a peine 5kgs de plus chacun. Nabil a alors répondu qu’il était payé seulement pour installer les cordes a partir du camp 2 et qu’il n’avait pas a porter de charges supplementaires, bien que celle-ci soit en partie la dite corde. J’ai vu rouge et ai commencé a m’énerver sérieusement en leurs disant que je les payais pour qu’ils m’amènent au sommet. Nabil a de nouveau rétorqué que ce n’est pas moi qui le payais mais Taki et que seul lui pouvait lui donner des ordres! Le second guide a porté l’estocade finale en disant que de toute façon, on n’avait pas assez de nourritures sachant qu’après l’ascension, il faudrait attendre une journée supplémentaire que l’eau soit au plus bas le matin pour pouvoir redescendre. J’ai alors revu l’image de la veille où je les voyais tous les 3 s’empiffrer la panse avec le riz que je leurs avais dit de garder. Là, j’ai peté un câble. Je leurs ai dit de retourner a Hushe vu qu’ils ne voulaient rien faire, j’ai récupéré la bouffe restante et la tente en leurs disant de dire que si l’on me cherchait, je serai dans la vallée d’Humbrok (en open zone) et que je reviendrai le 20/07 soit le jour de mon retour pour Skardu. 
En fait, je savais que si je partais tout de suite, j’avais une chance de pouvoir faire le Gondogoro la, un des raisons de ma venue ici. Je n’allais pas la laisser passer et tantpis si je n’avais pas de permis. On s’était suffisamment foutu de ma tronche avec ces fausses expéditions pour que je brave ces interdits...

lien vers la video Baushul


201807 Pakistan Gilgit Baltistan part 5: Masherburm ABC


En attendant qu’Ali ne récupère son matériel de glacier, Taki me proposa d’aller dans la vallée du Mashabrum jusqu’au camp de base avancée (ABC) avec lui moyennant le paiement d’un supplément que j’ai finalement négocié pour 6000 roupies soit 40€. En effet, cette vallée n’était pas en open zone mais Taki m’a dit de ne rien dire et que si on me posait la question, de répondre que j’allais au Humbrok peak. De son côté, Taki allait repartir sur Skardu pour se faire checker a l’hôpital. Ali ne voulait pas marcher plus de 4/5h par jour et il m’imposa un arrêt avant de rejoindre le camp de base du Mashabrum. Je n’avais guère le choix et rendez-vous était pris pour le lendemain matin 6am. 

Le lendemain, Ali s’est pointé en feignant une rage de dents et en s’excusant de ne pouvoir venir: nouveau plantage en direct devant Taki qui encore heureux n’était pas encore parti. 
Taki a fait les « fonds de tiroir » et m’a trouvé, Hassan, un low altitude porteur (soit un porteur basique) prêt a m’accompagner à l’ABC du Mashabrum. J’ai voulu du coup renégocier le prix mais il m’a dit « c’est ca ou tu attends ici qu’on trouve un high altitude porteur ». Je n’ai pas eu trop le choix et Taki s’est engagé a me trouver un high altitude porteur pour mon retour dans 3 jours afin de partir en expédition sur le Baushul peak, le sommet a 5800m situé a l’opposé du Humbrok peak.
J’étais plutôt content de partir et je trouvais qu’a ce prix là, pour aller sur un ABC, quand on sait que ca coute dans les 6000€ pour celui de l’Everest coté face nord, j’avais l’impression de faire un bon deal. Taki m’a annoncé l’ABC a 5200m d’altitude et m’a brièvement pointé du doigt sur la carte où il se trouvait en me confirmant devant Hassan qu’il connaissait l’endroit. 
J’avais un peu allégé mon sac a dos cette fois-ci et ne devais avoir que 17kgs, la bouffe étant portée par Hassan et ne représentait que 2 jours de nourriture pour 2. Cela m'allait bien car au matin, j’avais ressenti des douleurs aux cervicales. J’avais du un peu trop forcer la veille. 
Hassan n’était pas tout jeune. Il avait 50ans mais marchait avec un très bon rythme. Il avait un anglais tres sommaire et ca m’allait bien. J’allais pouvoir profiter du lieu en toute quiétude. On a traversé le terrain de cricket d’Hushe, en plein désert, avant d’arriver a un grand carrefour immense où toutes les dimensions sont hors normes, la croisée des chemins ou plutôt des vallées. Hushe étant déjà a 3000m d’altitude, quand on est entouré de murs faisant plusieurs milliers de mètres de haut, ca nous remet a notre place sur cette planète. 
On s’est engagé dans la vallée du Mashabrum, en commençant par une forte montée afin de pouvoir longer le glacier par sa gauche. La marche était agréable malgré la forte chaleur. Le soleil tape si fort ici qu’il vous brûle littéralement la peau. Pas pour rien si les locaux gardent leur tunique longue et ont toujours des manches longues pour garder un minimum de peau au contact avec le soleil. Mais ca, je ne l’ai compris qu’après et me baladait encore en short a ce moment là.
On a fait notre 1er stop pres d’une maison de bergers. Et il y avait bien un berger et son fils accompagnés de leur troupeau soit 1000 chèvres. On a partagé un peu leur quotidien et pendant que de mon côté, je montrais des étirements au fils de 15 ans, le pere nous préparait le the au lait de chèvre, bien racé. Le pere m’a même proposé de la viande fraiche mais je ne me voyais pas manger une de ces mignonnes petites bêtes surtout quand on sait le gout prononcé qu’elles ont une fois cuites! Je le contenterai de mon habituel nouilles thon fromage. Hassan a dormi avec eux dans leur Shepard house et ai pu profiter d’une bonne nuit de sommeil après avoir deja bien fait la sieste l’après midi. 
Au matin, j’ai trouvé une des chèvres, morte au bord de l’eau. Hassan m’a dit qu’ils ne la mangeraient pas vu qu’elle n’a pas été égorgée dans les règles de l’art. 
On est arrivé presque au pied du majestueux Mashabrum dans un decor fabuleux. Il ne nous restait plus qu’a traverser le glacier pour se retrouver au camp de base. Malheureusement, Hassan a fait une erreur en coupant trop tot et on a traversé le glacier dans sa diagonale en perdant bien 2h a faire des hauts et des bas dans les énormes crevasses remplies de debris de roches instables.
De mon côté, j’étais persuadé que l’ABC se trouvait au dessus de ce que moi j’appelais BC pour camp de base et ce qui m'était indiqué sur la carte alors que Hassan me disait que le BC était de l’autre cote du glacier ce qui ne faisait pas vraiment de sens vu où était situé le sommet. Du coup, on s’est séparé. Lui est resté au pied de la montagne et moi, je suis parti voir un peu plus loin. A un moment, j’ai vu un ruisseau qui provenait d’une pente qui avait l’air jouable et qui semblait plate a son sommet. Persuadé qu’il s’agissait de l’ABC, j’ai decidé de laisser mon sac ici et d’aller voir. 
La pente n’en finissait pas en fait et j’ai mis une heure a tout monter pour me retrouver effectivement sur une partie assez plate recouverte de neige. De là, je jouissais d’un superbe panorama avec une vue plongeante sur le glacier que l’on venait de traverser. J’aperçus Hassan comme un petit point noir tout en bas qui avait l’air de me chercher en criant. J’eu beau l’appeler, il n’entendait rien a cette distance. J’ai tout de même bien pris mon temps avant de redescendre et en ai profité pour faire un peu d’escalade dans ces rochers. 
J’avais prévu de dormir a l’ABC pour pouvoir bien m’acclimater avant le Baushul mais finalement je ne me voyais pas redescendre pour chercher le sac et tout remonter de nouveau. Du coup, je me suis installé au pied du Mashabrum, Hassan m’a rejoint et après une bonne sieste, le diner puis une nuit réparatrice, on est reparti dans le sens inverse retour Hushe pour enfin le démarrage de mon expedition.

lien vers la video Masherbrum


jeudi 26 juillet 2018

201807 Pakistan Gilgit Baltistan part 4: Humbrok & Cigrale peak


Arrivé a Hushe en fin d’après-midi, Taki m’a fait installer dans les jardins du plus gros hotel du coin, subventionné par une association espagnole de grimpe. Il m’a filé mes 30kgs de bouffe et m’a bien fait comprendre que si je voulais une chambre ou manger au resto, il aller falloir racker un complément. Les toilettes étaient sommaires et bien sur la douche a l’eau froide, comme depuis mon arrivée au Pakistan de toute façon. En revanche, le fait de camper me donnait la plus belle vue du coin, en prise directe avec le haut du Mashabrum, un sommet connu a 7800m. J’y reviendrais plus tard sur ce peak.

Le lendemain matin, après moultes discussions avec Taki sur le fait de commencer par la vallée de Humbrok/Cigrale ou celle du Baushul, on est parti sur cette 1ere sachant que les 2 n’étaient qu’a quelques heures de marche d’Hushe. Ca m’avait l’air de faire court pour 10 jours! On a pris 2 porteurs, tout l’ustensile d’expédition, qui se limitait a une corde de 50m, 2 snow bars, 2 ice screws, 1 jumar et mes mountains boots. Ca me paraissait peu pour de telles montagnes...

Au bout d’1h de marche, Taki ne se sentait pas super et s’arrêtait toutes les 5’. J’ai pris les devants et ai meme semé les 2 porteurs pour les attendre en haut de la cote, soit au départ de la vallée d’Humbrok, après 2h de marche. On a attendu Taki 1h15. Il avait vomi plusieurs fois et je l’ai meme vu cracher du sang. Il m’a dit qu’il ne se sentait pas bien et qu’on allait poser le camp a 10’ d’ici près de cabanes de bergers. Ca tombait pas trop mal car il y avait le point de vue du K2 qui se trouvait juste là, enfin a 2h de grimpe tout droit. Taki m’a indiqué le chemin et je lui ai monté ma tente avant de partir pour qu’il puisse se reposer. La montée fut rude et un peu dangereuse. La roche était friable et instable et ca montait a pic. Arrivé en haut, la vue était magnifique et notamment sur Humbrok peak (6200m) et surtout Cigrale peak(6300m), un superbe cone revêtu de blanc. J’étais alors content de mon choix bien que le sommet ne paraissait pas du tout évident a gravir. Je pensais avoir mitraillé le K2 mais en redescendant, Taki m’appris que je n’avais pas regardé du bon coté et que le K2 était dans mon dos :-( tantpis, pas question que je me retape 3h pour une photo. J’aurais je l’espère une autre occasion de le voir.
Quand je suis revenu au campement, Taki avait déjà renvoyé les 2 porteurs et avait mis toutes les affaires en vrac sur des arbustes. On s’était installé juste a cote d’un ruisseau qui avait débordé dans la journée avec la fonte des neiges et menacé nos affaires. Par contre, ce n’était pas prévu qu’il renvoie les 2 porteurs. On avait convenu avant que je ne grimpe qu’on en gardait au moins 1 pour qu’il amène toutes les affaires jusqu’au camp de base. 
On a finalement décidé, après avoir passé la nuit ici sous ma tente, que lui retournait a Hushe pour me trouver un autre guide (appelé ici « high altitude porteur ») qu’il m’enverrait et que moi je partais au camp de base de Cigrale peak, situé a la fin de la vallée d’Humbrok avec 2 jours de provision. Si jamais il ne trouvait pas de guide, je rentrerai le lendemain. 
J’ai mis 5h pour arriver au camp de base en commettant l’erreur de passer par le glacier plutôt que de le longer par un des cotés, ce qui m’a valu a 2 reprises de me faire broyer une jambe par ces énormes rochers totalement instables du a l’avancée du glacier. Plus je me rapprochais et plus je me disais que c’était impossible de monter une telle paroi: au pied du Cigrale peak, il y avait un énorme glacier a la verticale remplie de crevasse. J’appris plus tard que l’année passée, une expédition espagnole avait tenté et failli atteindre le sommet. Ils avaient abandonné a 50m du sommet mais ils étaient une expédition de 25 porteurs avec des tonnes de matériels. 
Ne me voyant pas rester là une nuit sachant tres bien qu’il n’y avait aucune chance que l’on monte ce glacier, je decide de repartir dans le sens inverse et de retourner a Hushe. 
Apres 9h de marche au total avec un sac de bien 23kgs, je suis parvenu exténué a rejoindre Hushe avant la nuit et ai retrouvé Taki qui venait de me trouver un high altitude porteur. Une expédition au Broad Peak (un des 5 sommets de 8000m du Pakistan) avait mal tourné. Une avalanche avait pris tout l’équipement qui avait été entreposé au camp 3 et ne laissait plus aucune chance de succès a l’expedition. Du coup, Ali, ce high altitude porteur qui faisait parti de cette expédition revenait par Hushe et était de nouveau disponible. Par contre, il n’avait pas ses chaussures de glacier avec lui et il faudrait attendre plusieurs jours avant qu’il ne les récupère.

201807 Pakistan Gilgit Baltistan part 3 Road to Hushe


Les 2 agences n’ont pas reussi a m’obtenir le permis de marche. Minimum 2 semaines.

En regardant sur la pauvre connexion internet de la guesthouse, j’étais tombé sur une expédition que proposait un site au “Cigrale peak” a 6300m qui était dans la region d’Hushe mai je n’avais pas réussi a obtenir plus de détails. Lorsqu’Issac, le proprio de SNA, l’une des 2 agences, m’a proposé d’aller a Hushe pour faire des treks dans ce qu’ils appellent l’open zone (zones qui ne nécessitent pas de permis de marche), je lui ai parlé de ce peak et ca lui a tout de suite parlé: il m’a dit qu’il se situait  dans l’open zone mais qu’il s’agissait d’un des peaks les plus compliqués de la région, tellement compliqué que personne n’a jamais réussi a atteindre le sommet!

Negocier a 1200€ tout compris pour un guide de haute montagne et 2 porteurs + bouffe, transport et équipements manquants sur 10 jours pour un départ le lendemain. J’ai payé cash en € et Murtaza, le proprio de la guesthouse qui avait assisté a toute la scène de nego a eu les yeux qui ont brillé!

Du coup, au retour, il m’a fait présenter une facture par son neveu un peu salé de 50$ pour tous les déplacements qu’il avait du faire en ma compagnie. J’ai bien sur refusé de payer et ai descendu la facture a 20$ avant de prendre mes affaires et partir a pied pour revenir a l’agence de climbing qui m’avait précédemment proposé de m’héberger pour la nuit.


Je n’avais pas prévu de faire une expédition ici et n’ai amené que des affaires de trekking, de haute montagne tout de même. Du coup, il me manquait surtout les mountain boots pour pouvoir marcher sur glacier. Encore heureux que mon guide, Taki, beau frère du proprio, faisait a peu près ma pointure. Taki est un guide de haute montagne très expérimenté et reconnu qui a déjà fait tous les 8000m du pakistan. Le contact est tout de suite très bien passé entre nous.

Au fil de la discussion, on décide de se rabattre sur un autre sommet un peu moins compliqué: Baushul peak a 5800m dans le meme coin près de Hushe et en open zone: quasi rien sur internet non plus. 

A priori il va falloir placer des cordes, c’est a dire faire du ice climbing en plaçant des coinceurs dans la glace tout le long de l’ascension avec des relais, chose que je n’ai jamais faite. Sur l’Everest, les cordes étaient placées et sur le Mont Blanc, il n’y avait qu’un mur de 50m de glace. Toutes les autres expéditions que j’ai faites, on était seulement encordé entre nous.
J’avais au départ prévu de m’occuper moi même de l’approvisionnement en nourriture mais j’ai finalement passé la main après m’être rendu compte en faisant les courses pour le plateau de Deosai que ce n’était pas si évident et que le choix était limité. Bien m’en a pris, Issac est revenu avec 30kg de bouffe pour 2 pour 10 jours!
On a passé la nuit a 5 a dormir au sol dans les petits locaux de cette agence. Ca sentait bien l’aventure et j’étais tout excité a démarrer cette expédition tout a fait challenging. 



5h de route dans des decors grandioses pour rejoindre Hushe. On a du passer au moins 5 check points et a chaque fois, je devais descendre de voiture pour qu’ils vérifient mon passeport et mon visa. Il faut savoir que Hushe est un village qui se situe au fond d’une vallée, la fin de la route pour voiture, mais est surtout la fin du plus fameux trek du pays, celui que j’avais a la base prévu de faire qui part du village d’Askole pour finir ici en 10 jours en passant par le camp de base du K2 et le fameux col de Gondogoro a 5600m: classé dans le top5 des plus beaux treks du monde.



mercredi 25 juillet 2018

201807 Pakistan Gilgit Baltistan part 2 Deosai Plateau


Murtaza a réussi a me dégoter une jeep avec  chauffeur a la dernière minute pour un tour sur ce plateau de Deosai le lendemain. Il était déjà tard et pourtant on est parvenu a négocier un départ super tôt, a 6am, ayant remarqué lors de ma 1ere matinée qu’il commençait a faire jour des 4h du mat ici! 
Le prix convenu était de 12,000 roupies, soit 100$. 
L’intérêt de ce haut plateau est son altitude: 4000m ce qui va me permettre une bonne acclimatation avant de partir en montagne. La route était bien pittoresque avec quasi que de la piste tout le long et des décors splendides. En chemin, on est tombé sur un couple d’anglais qui était venu jusqu’ici a moto! Ils étaient passés par la Chine mais n’ont pas été bien reçus. Ils prévoyaient de sortir par Waga Border pour rejoindre l’Inde: pas gagné non plus vu ce que j’avais constaté lors de mon dernier périple a Lahore.
En chemin, on a croisé de nombreuses marmottes, a priori la bestiole la plus présente ici a Deosai. Il y a sinon une colonie de 300 ours bruns mais pas pu en spotter un seul, la saison étant plutôt en avril.
On est allé jusqu’a un lac d’altitude renommé où il y avait un peu trop de touristes pakistanais a mon gout, bruyants et sales (99% des touristes dans le Gilgit-Baltistan sont des pakistanais). Je suis allé faire une petite marche en retrait pour prendre de la hauteur. J’ai tout de suite senti l’effet de l’altitude avec le souffle court et les jambes lourdes dès les premiers pas.
On aurait pu rentrer le soir même bien qu’on est mis près de 5h à atteindre le lac mais je tenais absolument a passer une nuit dans ma tente a la belle étoile. J’avais entendu dire que la nuit, le ciel était incroyable et que l’on pouvait voir la voie lactée très distinctement. On s’est trouvé un joli spot en bord de rivière: sympa si on enlève les moustiques assez voraces et les pakistanais qui en début de soirée sont venus pêcher, la sono a fond avec leurs jeeps! Mais dès 19h, tout est redevenu calme, la nature a pu reprendre ses droits et j’ai profité pleinement de la beauté du lieu, laissant ma tente ouverte et ma tête dépassée au dehors, dans les étoiles.

Le lendemain, le retour a la guesthouse et a la réalité fut moins cool. L’auberge de Murtaza était pleine: il avait un groupe de 25 touristes pakistanais et ca ne se passait pas super entre eux. On est allé revoir une des agences pour checker où ils en étaient au niveau de l’obtention de mon permis de marche.

201807 Pakistan Gilgit Baltistan Part 1 Skardu


Une petite suée lors de mon transfert à Islamabad où mon vol international avait une heure de retard et j’ai du attendre plus d’une heure mon bagage + le temps de passer la douane, j’ai eu mon vol domestique de justesse en direction de Skardu.
2eme plus grande ville de l’état de Gilgit Baltistan avec seulement 25,000 habitants, les locaux sont super accueillants et je découvre encore une nouvelle atmosphère que ce que j’avais pu voir lors de mon précédent périple au Pakistan. 
Murtaza, mon hôte, que j’ai trouvé sur air bnb m’attendait a l’aéroport et encore heureux car ce dernier est très pittoresque. Murtaza a ouvert sa guest house il y a un peu plus d’un mois et je suis son tout 1er client non pakistanais! Autant vous dire qu’il était au tacquet et se mettait en 4 pour moi. Malgré tous les contacts que j’avais pu récolter, je n’ai pas eu de bonnes informations sur l’obtention du walking permit, qui paraissait beaucoup plus compliqué a avoir que prévu. Je pensais l’obtenir sous 24h mais ils ont changé les règles un mois avant que j’arrive et il faut désormais 4 semaines: ca ne m’arrange pas des masses! Murtaza m’a emmené voir 2 agences de trekking qui ont essayé de faire jouer leurs relations au niveau du ministère du tourisme à Islamabad pour accélérer la procédure mais ce n’est pas gagné. Affaire a suivre lundi. En attendant, je prévois d’aller visiter le haut plateau du Deosai: le 2eme plus haut du monde et a priori une pure beauté.
En ville, j’ai fait la connaissance d’un italien qui venait de finir l’ascension de Nangat Prabat, raté malheureusement pour lui a cause des conditions climatiques. On a décidé de se retrouver pour diner au resort de Sangrila, posé tout autour d’un lac.

Murtaza et son neveu m’ont planté un peu le décor au niveau des tensions qui règnent ici: l’Inde et le Pakistan se disputent toujours la propriété de ce territoire alors que les locaux, eux, aimeraient creer un état complètement indépendant: le Baltistan. Pas gagné. Ils se sentent envahi depuis la partition de 1947 et les tensions avec l’Armée pakistanaise sont palpables.

Je pensais que le fameux site de Sangrila était a la sortie de la ville. Il a fallu plus d’1h30 pour y arriver et du coup, on s’y est pointé a la nuit tombée. Murtaza m’a fait commandé de la « rainbow trut » (truite arc en ciel), pêchée dans ce lac, dans un petit bouiboui qui surplombait le resort de luxe de Sangrila. J’ai trouvé les prix assez chers pour le Pakistan: 2000 roupies le kg soit 14€ pour manger en bord de route sur des chaises et tables en plastique. Il m’a dit que c’était beaucoup plus cher au resort et qu’on allait le prendre à emporter pour aller le manger dans le complexe!
A l’entrée du resort, le gardien me demande de payer un droit d’entrée de 300 roupies par personne soit 900 roupies pour moi, Murtaza et son neveu. J’ai refusé et n’ai payé que 300 roupies et c’est finalement passé. Ca sentait quand meme l’arnaque ce plan et je me suis mis sur mes gardes, d’autant plus que finalement l’italien ne s’était pas joint a nous. 
Le cadre était assez jolie et ca sentait le luxe a la « pakistanaise », c’est a dire un endroit pour riches mais pas vraiment aux standards européens. Les prix au resto n’étaient pas si abusés que ca et la fameuse truite était a 3000 roupies. Murtaza m’a fait constater l’énorme différence de prix ce que je ne trouvais au contraire pas du tout exagéré par rapport au cadre mais ca, il n’arrivait pas a le prendre en compte dans sa vision des choses. 
Ils ont cru que j’allais les inviter a diner mais lors de la commande, j’ai juste commandé pour moi et eux sont partis plus ou moins vexés m’attendre au bord du lac pendant que je mangeais seul. De plus en plus bizarre comme ambiance...

samedi 7 avril 2018

201803 Pakistan Part 3 Peshawar & Taxila

La controversée Peshawar! J’en avais, comme tout le monde, entendu parler a travers les news a la tv, comme elle était souvent la cible d’attentats suicide a la bombe par les talibans. Peshawar est la 3eme ville pakistanaise, avec 1,4 millions d’habitants et la 7eme ville du monde la plus polluée, rien que ca! Elle est assez proche de la frontière afghane et sur la route qui mène a Kaboul.
Maisan Ali m’avait vanté lors de la 1ere soirée de mariage, les beautés de cette ville et le fait qu’elle était devenue sécurisée.  Quand je lui ai dit le 2eme soir, que j’envisageais d’y aller jeter un oeil, il a alors vite retourné sa veste en disant que ce n’était pas safe d’y aller sans être au moins accompagné d’un local! La majorité des convives repartant le soir même du dernier event du mariage ou le lendemain, je n’avais pas réussi a trouver le moindre accompagnateur. J’allais renoncer quand sur le chemin du retour a la guesthouse, j’en ai touché un mot au chauffeur de notre voiture qui m’a dit « ok va pour 6am ».
J’ai embarqué Marie Josée avec moi, ce qui ne facilitait pas la tâche pour se fondre dans le décor sur place, avec une blanche blonde aux yeux bleus! J’ai de toute façon vite compris en arrivant sur place après a peine 2h de route. On m’avait conseillé le Qisa khawani bazar et bien qu’on était un samedi matin tôt, on a tout de suite senti qu’on était trop décalé. Alors qu’a Lahore ou Islamabad, avec un jean et un tshirt, on pouvait passer inaperçu, ici, les hommes portaient tous l’habit traditionnel patchou: une grande tunique et un pantalon large unis. Du coup, on a préféré ne pas descendre de la voiture et faire les rues du bazar derrière les vitres de notre auto. On a tout de même essayé le mouton en méchoui, une grande spécialité d’ici. Par contre, pas possible de visiter les champs de weed du coin, pourtant réputée être la meilleure du monde!En fin de matinée, on est revenu sur nos pas pour rejoindre le Panja sahib a Hasanabdal: il s’agit d’un très vieux temple Sheikh, le 2eme lieux saint le plus sacré pour eux. On a un peu galèré pour rentrer, les gardiens devant l’entrée voulant nous soutirer un backshish pour nous laisser faire la visite!On est ensuite allé voir l’ancienne capitale bouddhiste millénaire Taxila avant d’aller faire un peu de cheval au bord d’un lac artificiel provenant de la construction d’un nouveau barrage. Le lendemain, je repartais déjà pour la France après ce mini break de 4 jours. Ce voyage fut super enrichissant pour moi et m’a redonné l’elan du voyage bien que je repartais un peu frustré de ne pas avoir pu visiter les montagnes au nord ni le port de Karachi. Mais je ferai mon retour ici dès l’été revenu...



vendredi 6 avril 2018

201803 Pakistan Part 2 Islamabad and Hussain wedding


4:30 de trajet pour arriver a Islamabad. Cette ville n’a pas vraiment d’histoire. Elle a été créée dans les années 70 pour devenir la capitale du pays et ne possède que 350,000 habitants, ce qui lui rend une taille plus humaine et beaucoup moins bruyante et polluée que Lahore. Je logeais dans une guesthouse que m’avait conseillé Hussain avec d’autres membres de sa famille: oncles, cousins and co. La famille d’Hussain est majoritairement originaire de Karachi bien que sa mère ait grandi ici. Les mariés se sont connus par l’intermédiaire d’une des tantes qui les a mis en contact et n’ont échangé que des messages online avant de prendre la decision de se marier. La mariée a 23ans et 4 autres soeurs dont une jumelle! Côté Hussain, il vient d’une famille de militaires. Son pere était docteur dans l’armée de l’air et de nombreux hauts gradés étaient présents a l’événement. Il y avait plus de 300 convives et le mariage s’étalait sur 5 jours! L’avant dernière soirée était organisée par la famille de la mariée et tout devait se faire dans les convention locales. Marie Josée et moi-même avons été tres bien reçus par tout le monde. Les gens étaient ravis de voir des personnes d’autres continents ayant, et je reprend leurs mots, traversé les oceans pour un tel événement.
J’ai notamment fait la connaissance de Maisan Ali, un cousin d’Hussain, qui est major dans l’armée de l’air et qui a combattu farouchement les talibans. J’ai eu le droit a de sacrées anecdotes! Beaucoup de personnes m’ont proposé leurs aides et/ou contact pour mon prochain voyage que je souhaite organiser cet été dans les montagnes au nord du Pakistan. Ce projet commençait a vraiment prendre forme.
Pas d’alcool ni de danse dans ce mariage mais en revanche, des séances photos a n’en plus finir, tout le monde voulant son cliché avec les magnifiques mariés. Le soir de cet event, les mariés ont pu profiter de leur toute 1ere nuit a l’hôtel!
Le lendemain, on est parti sur les hauteurs d’Islamabad au sommet des Margallah hills où avait été placé un énorme restaurant en plein air d’où l’on avait une vue imprenable sur toute la ville.
Le soir, rebelote, sauf que cette fois-ci c’est la famille d’Hussain qui organisait cette dernière soirée de clôture. Le pere d’Hussain avait pu utiliser son réseau dans l’armée pour louer la salle des fetes réservée a l’Armée de l’air. Hussain habitant désormais aux US, a Houston, il allait demander pour sa femme un visa aux autorités américaines qu’il espérait obtenir dans les 2 mois, avant qu’elle ne puisse le rejoindre.
De mon côté, et grace aux précieuses informations que je récoltais de ci de là parmi les convives, je préparais un trip le lendemain pour Peshawar...

201803 Pakistan Part 1 Lahore


Depuis que j’avais rencontré Hussain en Australie, notamment lors de la visite de Frayser Island sur la cote Est, on s’était dit en se quittant que je le rejoindrai une fois qu’il irait au Pakistan. En effet, Hussain est d’origine pakistanaise bien qu’habitant a Calgary au Canada. Quand il m’a annoncé en fin d’année dernière qu’il allait se marier à Islamabad et qu’il m’y invitait, je n’ai pas hésité longtemps. Rdv était pris pour le 22/23 mars pour 2 jours de cérémonie.J’ai réussi a me dégoter un vol quasi direct pour Lahore, 2eme ville du pays avec 15millions d’habitants (contre 25 pour Karachi).
Dès mon arrivée au pays, j’ai tout de suite était frappé par la quantité des forces de l’ordre: des militaires aux rangers en passant par des services de police de toute sorte. Il faut savoir que le pays contient 200 millions de personnes dont 7 millions sont dédiés a l’armée. Et il faut bien ca pour faire un minimum de contre poids face a leur meilleur ennemi, l’Inde, mais je reviendrais sur ce point. Il y avait des checks points un peu partout, la sécurité avait l’air d’être au maximum et on voyait des mitraillettes et ak47 a quasi chaque carrefour.
Je m’étais réservé un lit dans une modeste auberge de jeunesse, Lahore backpackers, la seule de la ville. J’y ai retrouvé Marie Josée, une autre invitée d’Hussain, provenant de Montréal, et qui voulait également visiter un peu le pays avant le mariage. Il faut savoir que le tourisme est quasi inexistant ici au Pakistan et encore plus difficile pour une femme seule.
On a fait un tour avec Sajjad, le proprio de l’auberge de jeunesse afin de voir le Great Minaret, tout premier monument créé après la Partition, célèbre événement qui a vu en 1947, lors de la déclaration d’indépendance de l’Inde vis a vis de l’Empire britannique, la scission de cette région en 3. L’Inde prenait son indépendance mais lâcha en route 2 territoires, l’actuel Pakistan et le Bangladesh, principalement de religion musulmane, afin d’éviter de nouveaux heurts.
On est passé près d’un temple Sikh avant d’aller visiter la Grande Mosquée de Lahore, pouvant contenir plus de 100.000 personnes. Le fort jouxtant la mosquée avait été créé par la même famille que celle qui a imaginé le Taj Mahal a Akra et effectivement on pouvait y voir quelques ressemblances, toute modestie gardée.
Apres avoir largement profité de la nourriture locale dans des petits bouibouis, en mode street food, on a filé a la frontière avec l’Inde, en fait le seul poste frontière terrestre ouvert entre les 2 pays, appelé Wagah border. Cet endroit ne laisse passer qu’un seul bus par jour! En revanche, vous avez une cérémonie quotidienne tous les soirs assez spéciale. Des tribunes ont été construites des 2 cotés de la frontière et a priori proportionnelle a la taille du pays, soit 1000 places côté pakistanais et 10,000 côté indien. Il y a bien une poignée de mains entre les 2 officiers des armées mais on sent bien que le conflit qui les gêne depuis des décennies est toujours bien présent dans les esprits, a savoir la possession de la région du Cachemire. Aujourd’hui appartenant a l’Inde alors qu’elle est en grande majorité de confession musulmane.
Le soir venu, j’ai pu faire la rencontre des autres voyageurs de l’auberge et a mon grand étonnement, il y avait principalement des femmes! 2 venaient de Grèce, travaillant a l’accueil de refugiés sur une des iles proche de la Turquie. Elles m’ont expliqué que 80% des réfugiés étaient d’origine pakistanaise, fuyant leur pays pour divers raisons, mais probablement dans l’espoir d’un avenir meilleur plus que des raisons de réfugiés politique. J’ai également fait la connaissance d’un Suisse qui venait d’Iran et qui pensait peut être aller ensuite en Afghanistan. Quasi tous les voyeurs ici étaient des tours du mondiste assez chevronnés qui en avaient pour au moins un an. Ca m’a donné l’envie d’explorer peut être un peu plus les autres pays de la région sur un prochain voyage...
Le soir venu, je suis allé acheter une simple bouteille d’eau au shop du coin, 60 roupies, soit 0,50€. Je n’avais pas de monnaie et lui ai donné un billet de 5000 roupies (soit 35€), le plus gros billet qui existe. Ce dernier a rapidement fait disparaître le billet et m’a rendu la monnaie sur 1000. Je n’y ai pas prêté attention sur le coup et ai cru lui avoir donné un billet de 1000 roupies. Quelques heures plus tard, je me suis aperçu de mon erreur en voulant payer le tour de la journée. Sajjad a appelé le responsable de la boutique et incroyable, une heure après, j’avais mes 4000 roupies manquant qui m’étaient rendus: assez rare pour le noter! Ce n’est d’ailleurs pas la 1ere fois que j’ai eu ce genre de bonnes experiences dans un pays musulman (voir post Palestine).
Un groupe de touristes est venu pointer le bout de son nez a l’auberge et ils ont demandé a Sajjad s’il pouvait leurs trouver une bouteille de vin. Bien que Sajjad n’est jamais bu d’alcool ni même vu a quoi ressemblait du vin, il a appelé un de ses contacts qui lui a dégoté une mixture dans une petite bouteille de whisky. Il faut savoir que l’alcool est totalement interdit ici au Pakistan et qu’il a du galerer pour en trouver et même prendre des risques. Il n’a pas été récompensé de ses efforts, les touristes s’etant bien sur plaint qu’il ne s’agissait pas de vin mais d’un alcool douteux mélangé avec de l’eau: mdr!
Le lendemain, on a quitté la mégapole et son infernal bruit de fond assourdissant, pour aller faire un tour en pleine campagne. Des gens simples vivant des produits de la terre. Super dépaysant. Entre les plantations d’arbres fruitiers ou de plans de fraises, il y avait toujours de la weed qui poussait toute seule: assez incroyable! On a pu profiter des goyaves et oranges locales du verger et même testé une fabrication locale d’alcool, quasi a 90°, avant de repartir a la station centrale de bus, direction la capitale Islamabad.