Malekula, un de mes arrêts les plus compliqués dans le sud pacifique alors que je ne m'y attendais pas du tout. J'avais rencontré une française dans l'auberge où je résidais a Port Vila qui faisait une thèse sur les maisons coutumières au Vanuatu et qui s'était baladée un peu partout dans l'archipel. Elle m'avait conseillé Malekula sans me donner trop de précisions et des la fin de mon périple a Santo, j'avais checké les vols et étais parti bille en tête sur cette destination. L'endroit est réputé pour y abriter des tribus mangeurs d'hommes, pour la plupart des guerriers qui mangeaient le coeur de leur adversaire. A l'aéroport de Santo, lors du check in, on n'était qu'une poignée a monter dans ce petit avion dont une seule blanche: une française qui était venue pour un mariage en Nouvelle Caledonie et qui avait tout booké a l'avance pour son trip au Vanuatu en payant quasi double voir quadruple! Mais elle ne s'arrêtait pas a Malekula et restait dans l'avion pour l'ile d'a cote, Ambryn, connue pour son double volcan. Des que j'ai vu l'aéroport à Malekula, j'ai compris que j'étais dans un trou paumé. La piste d'atterrissage était une ligne droite d'herbe taillée au milieu de la foret et en guise d'aéroport, il y avait 4 murs sans toit tout défoncés! Je me suis senti un peu plus réconforté quand j'ai vu qu'il y avait 8 blancs qui attendaient là pour monter dans l'avion. Je me suis empressé d'aller les voir pour savoir ce qu'ils me conseillaient de faire car je n'avais pas trop d'idée après avoir lu le guide lonely planet! Ils m'ont tous répondu a l'unanimité "on n'en sait rien. On est juste là en transit et on attendait ton avion". Damn, ça sentait le plan galère. Je voulais me diriger vers le nord et le taxibus qui attendait là avec d'autres passagers a l'intérieur m'a dit pas de problème quand je lui ai annoncé la destination. Mais bizarrement, au moment de partir, au lieu d'aller a gauche, il est parti a droite. Sur le coup, je n'ai pas compris et lui ai signalé que j'allais a gauche. Il m'a répondu "oui, oui, je vais juste chercher de l'essence". L'enfoiré est allé en ville, nous a fait poireauter pendant 2 plombs sur la place du marché pour mieux remplir son minibus, puis est allé enfin a la pseudo station essence avant d'aller a la demande d'un client faire un détour pour aller charger le véhicule de gros sacs de légumes. 2h après, je repassais devant l'aéroport pour me diriger dans le bon sens cette fois. J'étais furax. C'était pourtant le rythme en melanesie mais ça, je ne le savais pas encore et l'apprentissage allait être long et pénible parfois.
Enfin arrivé a la guesthouse que j'avais targetté dans le lonely, le proprio, ravi de voir enfin un client, s'est empressé d'appeler sa femme pour qu'elle prepare le bungalow avant que je ne rentre. J'ai commencé par calmer leurs ardeurs en leur demandant si je pouvais planter ma tente dans leur jardin. Technique que j'utilise a chaque fois pour faire baisser les prix drastiquement ici car quand les locaux voient débarquer un blanc, ils voient une montagne de billets se diriger dans leur poche et il faut les recadrer vite avant que ça ne prenne des proportions trop délirantes. On s'est finalement mis d'accord sur un prix fort acceptable et j'ai pu profiter d'un bungalow en bord de mer avec une jolie terrasse surplombant le passage qui menait a l'ile cannibale pour une somme modique. Le proprio n'avait pas vu de clients depuis près d'un mois! Et sans le savoir, je m'étais pourtant arrêté a l'endroit le plus touristique de toute l'ile.
L'ile des cannibales était un arrêt connu pour les gros bateaux de croisières australiens mais ces derniers avaient supprimé l'arrêt ici après qu'un conflit est éclaté alors que de l'argent qui devait retourner a la communauté n'ait été subtilisée par un des responsables malveillant. Je suis tout de même allé y faire un tour en rejoignant l'ile avec un des bateaux qui amenait tous les jours les écoliers de l'ile a l'ile principale. Les locaux étaient super gentils et l'un d'entre eux m'a fait la visite. Il y avait tellement de moustiques depuis le dernier ouragan que certains locaux préféraient dormir dans des tentes plutôt que dans leur maison! Les gens n'avaient en tout cas pas l'air de vouloir me manger ;-)
Apres un joli petit coucher de soleil, je suis retourné a mon resort où j'ai pu finir de négocier un guide pour ces prochains jours afin de traverser l'ile de cote a cote en passant par la jungle. Ce trek était prévu sur 4 a 5 jours mais j'ai réussi a le négocier en une nuit!
Mon guide était le frère du proprio de ma guesthouse, plutôt cool bien qu'un peu éméché du kava de la veille. On a démarré de nuit en 4x4 où le proprio nous a déposé sur un chemin plus au nord près de la ville d'Atchin. On a traversé plein de plantations de cocos, plutôt rébarbatif a la longue. Mon guide n'avait pas l'air de savoir trop où il allait. Il demandait son chemin sans arrêt. A un village, on a du s'arrêter pour demander l'autorisation de passer au chef. Je lui ai remis un petit billet et on a pu continuer. Une demi heure après, on était déjà perdu. Le guide n'arrêtait pas d'appeler un mec et lui décrivait a chaque fois l'endroit pour qu'il nous dise si on ne s'était pas planté d'embranchement. Je ne sais pas comment ils faisaient car pour décrire tel palmier a gauche ou tel tronc d'arbre a droite mais le guide faisait genre de connaitre. On a bien du rebrousser 4 fois de chemin et parfois ça montait dur. Le guide n'avait qu'un tout petit sac a dos et moi mon backpack bien chargé vu que j'avais pris ma tente et la bouffe pour nous deux. Au moment où ça a commencé a me saouler, heureusement, son interlocuteur au téléphone s'est enfin pointé. Il venait d'un village perdu dans les montagnes et c'est là que les touristes passaient leur 1ère nuit d'habitude. On l'a rejoint a a peine 10h du mat mais c'est vrai que ça montait fort. J'ai eu le droit a une arrivée magistrale du chef du village qui essayait de se la jouer mystique. Le village en tout cas était tout mignon et après nous avoir fait boire un petit kava, on a eu un succulent déjeuner où tous les produits venaient de la terre.
Les gens du village ont insisté pour que je passe la nuit mais vu que j'ai refusé et n'ai payé qu'un droit de passage beaucoup plus faible que d'habitude, ils ont refusé de me faire visiter la cascade qui était dans le coin: pas très cool!
On a repris la route et ça montait encore plus fort. On a longé une arête avant d'arriver a un passage de col d'où l'on pouvait voir la mer des 2 cotes de l'ile mais franchement, rien d'extraordinaire. Ensuite ça descendait quasi tout le long et on a quasi du se planquer pour ne pas avoir a payer un 3eme droit de passage. J'avais oublié de préciser que j'avais un peu négocié les prix a la baisse et leurs avait tordu le cou. La fin afin de rejoindre la cote était un long plat exposé au soleil et il faisait une chaleur de dingue. On a finalement rejoins la cote après 10 bonnes heures de traversée. Mais ce n'était pas fini car je leurs avais rajouté la visite d'une grotte qui contenait des peintures rupestres. Il y avait 2 grottes: la plus connue se trouvait au nord et l'autre au sud. Ils m'avaient conseillé de faire la 2eme car apparement plus jolie mais après une heure de marche le long de la cote, on avait l'impression qu'on n'allait jamais y arriver. On guettait un 4x4 qui passe mais pas une voiture a la ronde. On a enfin trouvé une petite supérette qui vendait des boissons fraiches et des gâteaux. Ca nous a bien requinqué! Le proprio nous a plutôt conseiller de faire la 1ere grotte et il nous disait que c'était en plus plus près. Mon guide lui etait complètement perdu l'enfoiré mais ça ne l'empêchait pas de fanfaronner avec les locaux comme quoi on avait fait la traversée en une seule journée. Ils n'avaient jamais vu ça. Il y avait un conflit latent pour la visite de cette grotte. Les tribus des big kimbas rt small kimbas se disputaient la propriété de la grotte et donc le droit d'entrée. Par chance, on est tombé sur le fils du proprio officiel de la grotte sur la route principale et celui-ci nous y a emmené bien que la nuit tombait. Rien d'incroyable encore une fois dans cette grotte. Les peintures rupestres ressemblaient plus a des grafitis fait par des gamins a la va vite qu'autre chose. Mais la grotte était tout de même assez mystique et mon guide qui y entrait pour la 1ere fois n'en menait pas large, la grotte étant réputée pour y abriter les esprits des morts.
On a passé la soirée au bord de la mer avec les jeunes du coin a boire du kava qu'on avait précédemment acheté dans un bar a kava. Le lendemain matin, on a attrapé un 4x4 pick up qui nous a emmené jusqu'a la guesthouse.
lien vers la vidéo Malekula North
De là, je repactais mes affaires dans mon backpack et ai filé en direction de Lamap, située tout au sud de l'ile. J'ai du attendre une bonne heure a Lakatoro pour trouver le seul transport du jour qui se dirigeait au sud. Le mec ne m'a pas déposé a l'endroit prévu mais près d'une embouchure d'où je devais prendre un bateau pour rejoindre Lamap. J'ai du en charteriser un alors que le temps n'était pas top et ce fut une des pires traversées de ma vie. Le petit bateau tanguait a mort et on etait pas loin de se retourner a chaque fois. Le capitaine prenait les vagues de plein fouet et ne cherchait même pas a les éviter. Du coup, quasi impossible de ne pas être complètement trempé si ce n'est en se cachant sur le devant du bateau, là où il y avait un petit toit. J'y avais mis mon sac mais a chaque vague, je me heurtais la tête au plafond. Pourtant je n'avais pas trop le choix car je ne pouvais me permettre d'être mouillé, ayant mon portefeuille, passeport et iPhone dans les poches. Arrivé à destination, je me suis retrouvé dans un espèce de hangar et les locaux m'ont conseillé de passer la nuit ici, Lamap n'ayant aucune guesthouse! Je suis tombé sur un phénomène, Marcelin, un petit barbu aux fringues toutes trouées mais qui avait un français impeccable et avec qui j'ai entamé la conversation. Au fil de la discussion, il s'est trouvé qu'il était l'ancien directeur de la conservation des arts au Vanuatu et qu'il avait d'ailleurs vécu a Paris pendant près de 10 ans avant de revenir ici. Il etait même le directeur de thèse de la jeune française que j'avais rencontrée a Port Vila a mon arrivée au Vanuatu. Il avait un plan machiavélique en tête qui etait sur le point de se réaliser. Alors qu'il était en poste a Port Vila, il avait initié une requête au tribunal pour que sa tribu récupère ses terres, près de 700 hectares qui étaient selon lui occupées illégalement par des "locaux" depuis pourtant 3 générations. Pour vous donner un ordre d'idée, 700 hectares, ça représentait quasi toute la partie sud de l'ile et concernait plus de 450 personnes a expulser. Et le tribunal lui avait donné raison il y a a peine quelques semaines de ça. Marcelin était connu de toute l'ile! J'ai pu le vérifier quand il m'a emmené faire une "visite guidée" du pseudo centre ville. Malgré ce conflit latent, tout le monde avait l'air de le respecter et on était invité a boire du kava de partout.
Lamap était un ancien bastion français et la capitale de l'ile avant que les français ne se fassent chasser par les locaux. Au siècle dernier, les anglais et les français se partageaient le Vanuatu et ils cohabitaient comme cela, avec les 2 administrations concomitantes: un vrai bordel!
Du coup, quand les français se sont fait virer, ils ont tout emporté au passage et n'ont laissé que des bâtiments qui tombaient en ruine a mon arrivée. La majorité d'entre eux est partie en Nouvelle Calédonie, en attendant le prochain référendum pour l'indépendance qui aura lieu en 2017. Il n'y avait même plus d'électricité ici, les français ayant embarqués les générateurs. Lamap fut également la scène de violents combats alors que certains, soutenus par les français, voulaient une indépendance de cette partie de l'archipel. Il n'en restait plus qu'un tas de ruines.
Marcelin m'a également refilé un super tuyau. Alors que j'avais prévu de faire un stop sur l'ile d'Epi, réputée pour y abriter des dugongs (les "sea cows"), il m'a dit qu'il n'en restait plus qu'un là-bas mais qu'en revanche, il y avait toute une colonie un peu plus au sud de Lamap. Il m'a refilé le contact de George, un pêcheur du coin qui faisait la visite en parque. Ca m'évitait un énième trajet en avion: nickel!
Du coup, après avoir pris rdv avec ce fameux George pour le lendemain matin, je ne voulais pas privatiser un transport pour rejoindre le point de départ qui était exagérément cher (près de 50€) et suis parti à pied. Je ne m'attendais pas a ce que ce soit si loin, surtout que je suis parti avec tout mon bardas. Au bout de 3/4h en sueur, j'ai eu la chance d'avoir un 4x4 qui passait par là et qui me déposa a la maison de George. La femme de ce dernier m'indiqua qu'il était déjà au point de rdv et ai du finir en 3/4h de nouveau pour enfin arriver a la fameuse plage. George m'y attendait effectivement avec un panier de fruits de bienvenue. J'ai tout de suite senti qu'il avait le coeur sur la main et on a très vite sympathisé.
On est parti sur son petit radeau de fortune dans un lagon et on n'a pas tardé a apercevoir ces fameux dugongs. Il y avait une colonie de près d'une trentaine d'individus et chose étrange, ils ne communiquaient pas du tout dessus. C'était un secret bien gardé par les locaux et George n'avait pas fait de sortie dugongs depuis plus d'un mois. Quand on sait que je n'ai pas croisé un seul touriste sur l'ile de Malekula de tout mon séjour ici. Ce n'était pas compliqué de les attirer ici mais finalement tant mieux. Les dugongs sont des créatures sous-marines très timides et au moindre bruit, ils prennent la poudre d'escampette. Se mettre a l'eau avec un groupe de touristes était rédhibitoire pour ce genre d'activité. D'ailleurs, un des seuls autres endroits au monde où l'on pouvait les dugongs, sur la cote ouest australienne, ils ne vous laissaient pas sortir du bateau et vous ne pouviez les voir qu'a partir de la surface. Ici, rien a voir. On approchait avec une pirogue a la rame sans moteur (l'embarcation n'en disposait pas de toute façon!) et je me tenais déjà tout équipé dans l'eau a l'avant près a plonger des qu'on en apercevait un groupe. On est resté dans le lagon plus d'une heure et j'ai eu la chance de tomber sur une mère et son petit que j'ai pu approcher de quelques mètres seulement sous l'eau. La visibilité n'était pas incroyable vu que les dugongs aiment bien les eaux un peu verdâtre remplies d'algues dont ils raffolent mais en s'approchant suffisamment près, je pouvais parfaitement les voir. Par contre, je n'avais pas de palmes et bien qu'étant des "vaches de mer", ils étaient tout de même un peu plus rapides que moi sous l'eau! Ce fut un moment inoubliable passé avec eux et une incroyable expérience.
Rentré sur la terre ferme, j'attendis patiemment (plus de 6h!) le retour des locaux qui étaient allés a Lamap a la banque (le seul guichet de toute la région) pour emprunter avec eux une barque a moteur afin de rejoindre les iles de Masquelynes.
lien vers la video Malekula South