On a mis 8h a rejoindre Tbilisi de Mestia en mini bus. En chemin, j'ai appelé le seul loueur d'équipements de montagne de Kasbegi, notre prochaine destination qui avait tout le matis nécessaire en loc excepté que les chaussures de montagne s'arrêtaient a la pointure 45 (alors que je fais du 46 et qu'in est censé prendre une pointure au dessus du fait de grosses chaussettes!) et surtout que le magasin fermait a 20h. On a cherché desesperement un magasin pour acheter des chaussures pour moi et quelques vêtements dignes de ce nom a Alex qui est vraiment venu en mode plage mais impossible de trouver, de plus on était un peu short au niveau timing puisqu'on est arrivé a 16h30 a Tbilissi et que le trajet pour Kasbegi prenait3h. On a foncé a l'autre station de bus et on est monté in extremis dans le minibus de 17hmais vu qu'il etait plein, le conducteur nous a gentiment installé sur nos sacs de voyage entre les banquettes: inconfort garanti!
On est arrivé a 20h30 et on a appelé la nana de l'agence de location pour qu'elle nous attende et on a eu la chance qu'un groupe de jeunes israéliens étaient également dans la boutique pour louer du matos. On a quasiment tout trouvé: sac de couchages, chaussures de montagne, piolets, sac de montagne, corde, lunette de soleil (pour Alex vu que moi j'avais mes lunettes spécial kite), manteau et pantalon de pluie pour Alex, gants et enfin crampons. Pour ces derniers, le mec qui louait a du utiliser son briquet pour mettre l'un des crampons a ma taille et ces derniers tenaient avec du scotch. Mais vu qu'on était a la bourre pour acheter la bouffe, on n'a pas fait les difficiles et on a filé au supermarché où l'on a acheté du cervela et des boites de sardines en conserve pour les 3 prochains jours.
On a rejoint notre guesthouse vers 22h et on s'est couché vers une heure du mat dans une bonne ambiance de Backpackers international.
Le lendemain, on a pris le petit dej a 7am et on s'est dégoté un taxi jeep pour nous déposer au niveau de l'église Tsminda Sameba, le symbole de Georgie, située a 2200m et qui trône au sommet d'une colline entourée de majestueuses montagnes. Ce trajet en jeep nous a permis d'économiser 2h de marche et après 6h30 d'une montée plutôt tranquille a travers des vallées encaissées et une marche sur un glacier, nous avons atteint la station météo, refuge dans lequel nous avons passé la nuit. Lors de la montée, le temps était assez changeant, alternant entre du très nuageux pluvieux voir grêleux a du soleil et un ciel plein bleu. A ces moments la, on pouvait apercevoir le mont Kasbek qui nous appelait de ses 5047m. Il s'agit du mont où aurait été enchainé Prométhée par les dieux pour avoir volé le feu.
On n'avait pas pris de guide local pour l'ascension et l'idée était de trouver un groupe qui allait monter au sommet et de les suivre. Le problème qu'on a rencontré était la météo qui n'annonçait pas du beau temps sur les 2 prochaines nuits. Le refuge, habituellement plein, avait ete particulièrement déserté pour cette raison. Or l'ascension était censé démarrer a 1am. On a tout de même fait la connaissance de 2 ukrainiens de Kiev, Taras et Sergey, qui étaient venus spécialement pour gravir le sommet Kasbek. Ils avaient pris un guide local pour l'ascension et avait déjà passé une nuit ici pour s'acclimater a l'altitude. Vu qu'ils devaient partir dans 2 jours, ils voulaient absolument tenter la montée. On s'est couché vers 17h et j'avais mis mon réveil a minuit pour ne pas louper leur départ et pouvoir les suivre. Ils se sont finalement levés a 1am mais le temps était très mauvais: il neigeait avec un brouillard assez épais. Tout le monde a décidé de se recoucher vers 3:30am. Je commençais a peine a m'etre réchauffer dans mon duvet et a m'endormir que je les ai entendu se relever vers 4am. Le temps était redevenu correct et ils allaient tenter la montée! On a demandé au guide si on pouvait les suivre et il a gentiment accepté. Cela tombait bien car on avait des lampes torches pas très puissantes et vraiment insuffisantes pour ouvrir la route, d'autant plus que le chemin était quasiment invisible a cause de la neige qui était tombé.
Le temps a vraiment était parfait jusqu'a 7am pendant la montée du glacier puis la traversée du "plateau", l'ice field qui alimente tous les glaciers du coin. Il s'est ensuite couvert mais on était déjà au dessus des nuages et on a pu profiter a plein du soleil qui nous a bien réchauffé de nos guenilles trempées (surtout le pantalon de location d'Alex qui était tellement pourri que la nana de l'agence de location ne nous l'a même pas facturé). Le rythme de l'ascension devenait de plus en plus lent a force que nous progressions et les 2 ukrainiens commençaient a ressentir les effets de l'altitude. Vers 8h du matin, j'ai préféré casser le groupe en 2 et partir en solo avec Alex car je ne voyais pas les autres arrivés au sommet. Le guide nous a desencordé et on s'est simplement encordé tous les 2 mais au bout de 10' de montée, la pente devenait trop raide et on a décidé de chausser nos crampons. La progression a été extrêmement difficile due en partie au terrain qui ne cessait de varier entre glace et poudreuse. Le fait que j'ouvrais la voie rendait la chose encore plus ardue et je m'enfonçais parfois de 50cm a chaque pas sur une pente où le piolet etait nécessaire pour garder l'équilibre. L'altitude n'aidant pas, les derniers centaines de mètres ont été douloureux et je devais m'arrêter tous les 5 pas pour reprendre mon souffle. Un épais brouillard est venu nous envelopper sur la fin de l'ascension et on n'y voyait plus a 3 mètres. On a finalement atteint ce qu'on croyait être le sommet quand un léger éclairci a fait apparaitre un autre pan de montagne au dessus de nous quais a la verticale. Le brouillard était si intense et on se sentait tellement exténué qu'on s'est dit qu'on allait laisser tomber et faire demi-tour. Apres 15' de pause, on allait redescendre quand on a vu l'autre groupe d'ukrainiens a une centaine de mètres de nous en contrebas. On les a attendu et le guide nous a dit qu'on avait fait le plus dur et que les derniers 150m étaient les plus faciles. On a alors repris confiance et on a entamé la montée avec eux. Le rythme était a nouveau trop lent et j'ai dit a Alex qu'on allait monter tous les 2 en mode "araignée". C'est une technique que j'avais utilisée lors de l'ascension du Mont Blanc l'année passée où il avait fallu passer un mur de glace de 50m complètement a la verticale. On avait alors un piolet dans chaque main et avec nos 2 crampons aux pieds, on utilisait ces 4 appuis pour monter telle une araignée. La différence ici était qu'on avait qu'un seul piolet par personne mais vu que le mur n'était pas tout a fait a la verticale, c'était tout de même jouable. Apres environ 75m de montée, j'ai senti mon pied gauche cedée sous la glace alors que je l'avais pourtant bien enfoncé. En fait le crampon avait cedé et c'etait brisé en 2! J'ai reussi a m'agripper a la paroi tàt bien que mal avec seulement le piolet et mon pied droit comme appui et ai essayé tant bien que mal de rejoindre un rocher qui était a 1,5m de moi. J'etais attaché a Ale par une corde d'environ 5m et je crois que j'etais tombé, Alex, vu sa faible corpulence, n'aurait pas pu faire contrepoids et aurait également été entrainé dans ma chute. Fort heureusement, j'ai réussi a rejoindre ce rocher et j'ai essayé en vain de réparer le crampon défectueux. Et là, que faire? On était a a peine 75m du sommet et cela faisait un peu plus de 9h qu'on avait démarré l'ascension. Je ne me voyais pas renoncer si près du but et après 5' de réflexion, j'ai dit a Alex qu'on allait tenter de finir l'ascension comme ça avec un seul crampon au pied. Ca a pris 15' et ça a été quasi les 15' les plus longues de ma vie. J'avais une telle peur de glisser que je me cramponnais a la paroi a chaque nouvel appui, ce qui ne faut justement pas faire. J'ai vraiment eu les mêmes sensations que lors de la montée de ce mur de glace au Mont blanc où j'etais crispé comme une bête. Apres ces 15 longues minutes, le guide e nos 2 amis ukrainiens, qui avaient emprunté un chemin un peu moins pentu et étaient déjà sur le sommet depuis un bon bout de temps, nous ont dit de nous relever et de continuer debout. En fait, on était tellement flippé qu'on avait continué a faire les araignées alors que la pente s'était adoucie! On s'est relevé et on a pu finir les derniers mètres tranquillement. Malheureusement le brouillard était tres présent et il a commencé a neiger. J'ai dit a Alex qu'il ne fallait pas trop trainer et qu'on allait entamer la descente mais ce dernier avait une "grosse" commission a faire de manière urgente!!! Probablement le 1er a faire ça au sommet du Mont Kasbek. Il a fallu se desencorder et lui enlever son harnais ce qui n'a pas été chose aisée avec ses crampons aux pieds et ce salopard a mis une bonne dizaine de minutes avant de revenir.
Une des raisons pour lesquelles j'avais hésité de finir l'ascension avec un seul crampon était pour la redescente qui je sais est généralement plus difficile que la montée mais finalement avec la neige assez profonde et le fait qu'on ait pu prendre les traces des ukrainiens a rendu la chose beaucoup plus facile que prévu. Par contre pour Alex, ce ne fut pas une partie de plaisir, son pantalon pourri s'était déchiré au niveau des 2 jambes dues aux frottements des crampons sur le tissu a chaque fois qu'il faisait un pas et il n'arrêtait pas de se prendre les pieds dans son pantalon et de tomber. A un moment, il a chuté et est parti dans la pente. Il a crié et je n'ai pas eu le réflexe de me coucher tout de suite sur le sol. La corde s'est tendue et j'ai commencé a être entrainé. J'ai eu le temps de me retourner et de planter mon piolet dans la glace mais pas de chance, a cet endroit, c'était de la poudreuse et j'ai commencé a glisser sur plusieurs mètres et a être entrainé bien que je freinais le mouvement avec mon piolet toujours enfoncé dans la neige. Alex, qui avait glissé d'une bonne dizaine de mètres a eu le bon réflexe et se retourner et de planter également son piolet dans la neige. En fait, on avait vécu une expérience similaire 3 jours plus tôt lorsqu'on avait redescendu la montagne près du lac de Mestia où je lui avais dit qu'en cas de chute sur un pan enneigé, il ne fallait surtout pas rester sur les fesses mais se retourner et essayer de freiner avec les bras et les pieds. La pente s'est adoucie légèrement et ça a été suffisant pour stopper notre chute après un bon 15 mètres: ouf!
On a terminé la descente au galop et on a rejoint la station météo après 2h30 seulement. Il était 15h30 et on voulait absolument rejoindre le village de Kasbegi dans la même journée (alors que d'habitude, les climbers s'arrêtent une nuit supplémentaire au refuge pour récupérer avant de finir la descente le lendemain). On s'est restauré brièvement au refuge, avons packé et sommes repartis en direction du village. On ne voulait pas payer une journée de plus de location de matériels, surtout a cette nana qui avait été a moitié agréable lors du check in et au vu de la qualité du matériel loué. L'idée était de rejoindre Kasbegi avant 19h et de prendre le dernier minibus pour Tbilisi. On a mis 3h30 pour descendre le glacier et la vallée et rejoindre l'église où nous attendait le chauffeur de la jeep de la dernière fois qu'on avait au préalable appelé pour venir nous chercher. On a foncé au magasin de loc qu'on a atteint a 20h10 et on a chipé au vol la nana de l'agence qui fermait la boutique. On lui a rendu le matos et elle a tout de suite mentionné le fait qu'un des crampons était cassé et que cela valait 300€ et qu'il fallait qu'on la paie si on voulait récupérer nos passeports qu'on avait laissés en caution. Sur le coup, je n'ai pas percuté et j'ai cru que c'était Alex qui lui avait mentionné le crampon cassé en russe mais en fait, il s'agissait probablement du guide des ukrainiens ou du gardien du refuge qui l'avait appelé et prévenu de l'incident. Elle m'avait parlé d'une manière très agressive et j'ai répondu du tac au tac en lui disant que j'avais risqué ma vie a cause de son matis pourri et que si elle ne me rendait pas mon passeport sur le champ, je reprenais tous le matos et allais a la police expliqué la dangerosité de louer de tels équipements. Elle a continué a crier mais m'a finalement rendu mon passeport et on a pu partir. On a par contre loupé le dernier minibus et on est donc resté une nuit supplémentaire a la guesthouse où l'on avait laissé nos affaires et dormi lors de notre première nuit ici.
L'histoire de cette ascension ne se finit malheureusement pas la. On s'est couché raide mort vers 22h après 15h de marche mais en fermant les yeux dans mon lit, j'ai ressenti des douleurs dans ces derniers. Je ne me suis pas inquiété plus que ça et n'ayant pas la force de bouger plus, je me suis endormi de la sorte.
Le lendemain, je me suis réveillé a 5:30 du matin et en ouvrant les yeux, la panique: je n'y voyais plus clair! C'était comme un écran de fumée qu'on aurait mis devant mes yeux. Le flip total. J'ai réveillé Alex pour qu'il regarde mes yeux qui étaient a priori rouge écarlate et je n'arrêtais pas de pleurer. En se renseignant sur internet, j'ai pu identifier le problème: il s'agissait d'une ophtalmie des neiges, comme un coup de soleil sur les yeux du a l'éclat de la neige blanche ainsi qu'a la plus forte exposition provenant de l'altitude. En effet, j'ai porté mes lunettes de soleil de kite toute la journée mais vu qu'elles faisaient de la buée des que je transpirais, je les ai juste gardé sur le front sans jamais sentir tout au long de la journée que mes yeux prenaient un coup de chaud. J'ai appliqué des compresses d'eau sur les yeux et je suis parti me recoucher ne pouvant supporter la lumière. Le meilleur traitement conseillé étant de rester dans l'obscurité totale pendant 24h, on est resté a l'auberge jusqu'a midi puis
on est tout de même parti a Tbilisi la capitale en minibus en chaussant une casquette et mes fameuses lunettes de kite.
lien vers la video Kasbek